Conception thomasienne des vertus

vendredi 2 janvier 2004
par mss

Formation des dispositions opératives (habitus)
(ST I-II 49-54)

  • Certaines dispositions existent naturellement dans la personne :
    • L’habitus des premiers principes dans l’intelligence spéculative.(intellectus, compréhension)
    • L’habitus des premiers principes dans l’intelligence pratique.(syndérèse - "synderesis" ; préceptes premiers de la loi naturelle)
  • Certaines dispositions sont acquises :
    • A travers la répétition des actes : poser encore et encore le même type d’acte.
  • Ces mêmes dispositions peuvent aussi être corrompues :
    • A travers la répétition des actes : en posant des actes contraires à la disposition acquise.

Bonnes et mauvaises dispositions
(ST I-II 54.3)

  • Une bonne disposition incline l’agent :
    • à agir d’une manière qui convient à sa nature.
    • à agir selon la raison droite.
    • à agir en fonction d’une fin convenable.
      Une bonne disposition est ce que la tradition appelle une vertu
  • Par contre, une mauvaise disposition incline l’agent :
    • à agir d’une manière qui disconvient à sa nature.
    • à agir contre la raison droite
    • à agir en fonction d’une fin inconvenable.
      Une mauvaise disposition est ce que la tradition appelle un vice

Définition de la vertu
(CEC 1803-1845 ; ST I-II 55-67)

Tout ce qui est vrai, tout ce qui est digne, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui a bon renom, s’il est quelque vertu [arete] et s’il est quelque chose de louable, que ce soit pour vous ce qui compte (Philippiens 4.8).

Car sa divine puissance nous a donné tout ce qui concerne la vie et la piété : elle nous a fait connaître Celui qui nous a appelés par sa propre gloire et vertu (arete). Par elles, les précieuses, les plus grandes promesses nous ont été données, afin que nous deveniez ainsi participants de la divine nature, nous étant arrachés à la corruption qui est dans le monde, dans la convoitise. Pour cette même raison, apportez encore tout votre zèle à joindre à votre foi la vertu (arete), à la vertu (arete) la connaissance, à la connaissance la tempérance, à la tempérance la constance, à la constance la piété, à la piété l’amour fraternel, à l’amour fraternel la charité (2 Pierre 1.3-7).

Définitions générales de la vertu :
« Une certaine perfection de la puissance » (ST I-II 55.1)
« La vertu est l’habitus qui nous perfectionne pour nous faire bien agir. » (ST II-II 58.2)

Définition thomasienne de la vertu en générale mais plus complète
Un habitus qui perfectionne une puissance de l’âme en disposant l’agent à agir bien selon sa nature avec promptitude, facilité et joie, et rendant bons l’agent et son action. (voir ST I-II 55)

  • Définition thomasienne de la vertu parfaite
    Un habitus infusé par Dieu dans le don de la grâce sanctifiante qui perfectionne une puissance de l’âme en disposant l’agent à agir bien selon sa nature élevée par la grâce avec promptitude, facilité et joie, et rendant bons l’agent et son action.
  • Définition thomasienne de la vertu imparfaite (acquise par nos propre actions)
    un habitus acquis qui perfectionne une puissance de l’âme en disposant l’agent à agir bien selon la nature humaine avec promptitude, facilité et joie, et rendant bons l’agent et son action.

Vertus de l’intelligence spéculative
(ST I-II 57.1-2)

Vertus qui perfectionnent l’intelligence dans la considération de la vérité :

  • Vertus naturelle :
    • Compréhension (intellectus) : habitude des principes spéculatifs de la connaissance
  • Vertus acquises :
    • Science : habitude du raisonnement droit à propos de ce qui peuvent être connus.
    • Sagesse : raisonnement droit à propos des choses connues à travers leurs causes premières.

      Vertus de l’intelligence pratique
      (ST I-II 57.3-6)

  • Vertus naturelle :
    • Synderesis : habitude des principes de la connaissance pratique
  • Vertus acquises :
    • Art : « raison droite à propos des choses qui doivent être réalisées. »
      • Dispose l’agent à réaliser un bon travail
      • Ne dispose pas l’agent à réaliser correctement un bon travail
        (i.e., l’art rend bon le travail, sans pour autant rendre bon l’agent.) Un grand artiste peut, en même temps, être une personne mauvaise ; Il est possible de faire un mauvais usage de son art. Autrement dit, l’art en tant que vertu pratique dispose l’agent à être un bon artiste mais pas à être une bonne personne.
    • Prudence (sagesse pratique) : « raison droite à propos de l ’action humaine. »

Les vertus cardinales
(ST I-II 61.1-5)

  • La vertu de la raison pratique
    • Prudence (sagesse pratique) : « raison droite à propos de l ’action humaine. »
      • Dispose un agent à commettre une action droite
      • Rend bons l ’agent et ses actions
      • Ne peut exister sans les vertus morales
  • Les vertus des appétits (vertus morales) (ST I-II 59-60)
    Ces vertus concernent l’action du point de vue d’une fin ;
    Ces vertus régulent les passions ; Ces vertus ne peuvent exister sans la prudence
    • Justice (Vertu de l ’appétit spirituel : la volonté)
    • force (Vertu de l ’appétit irascible)
    • Tempérance (Vertu de l ’appétit concupiscible)

Vertus théologales
(ST I-II 62.1-4)

  • Les inclinations naturelles nous conduisent vers notre fin naturelle de deux manières :
    • L’intelligence, par sa lumière naturelle, connaît les premiers principes
    • La volonté, par sa rectitude naturelle, incline au bien.
  • Les principes supranaturels d’agir humain nous mènent vers notre fin supranaturelle d’une façon analogue :
    • L’intelligence à travers une lumière infuse connaît les premiers principes (articles) de la foi. Ceci s’applique à la foi.
    • La volonté à travers les inclinations infuses
      • Est mue par un instinctus intérieur de donner son assentiment aux articles de foi. Ceci relève de la foi.
      • Incline ver Dieu comme une fin accessible. Ceci relève de l’espérance.
      • Incline ver Dieu comme Celui avec lequel nous sommes vraiment unis, dans une certaine union spirituelle. Ceci relève de la charité.

Les vertus cardinales infuses
(ST I-II 63.3-4)

  • Les principes naturels et les vertus cardinales acquises :
    • Nos principes naturels nous orientent vers notre fin naturelle.
    • Les vertus cardinales acquises perfectionnent nos principes naturels concernant ces actions, qui sont autant de moyens pour atteindre à notre fin naturelle.
  • Principe supranaturel et vertus cardinales infuses.
    • Les vertus théologales sont des principes supranaturels d’action, qui nous orientent vers la vision de Dieu comme notre fin supranaturelle.
    • Les vertus cardinales infuses découlent de ces principes supranaturels, et nous orientent droitement dans ces actions, qui sont autant de moyens pour atteindre à notre fin supranaturelle.
  • Les vertus cardinales infuses diffèrent des vertus cardinales acquises :
    • Elles ont une fin plus élevée.
    • Elles ont une mesure plus élevée, d’après laquelle elles régulent nos actions :
      • Par exemple : la tempérance acquise est différente de la tempérance infuse.