Ethique familiale et sexuelle
Les questions de l’éthique sexuelle et familiale (celles, par exemple, soulignées par le pape Jean-Paul II dans Veritatis splendor, # 47 : la contraception, la stérilisation directe, l’auto-érotisme, les rapports pré-matrimoniaux, les relations homosexuelles, de même que la fécondation artificielle) sont traditionnellement étudiées à partir d’une perspective de la loi naturelle. Elles sont, plus spécifiquement, abordées du point de vue de la finalité ou du sens non seulement du mariage (cf. Humanae vitae, # 12) [1], mais aussi et plus fondamentalement de la nature humaine en général et de la sexualité en particulier ; ou encore de la personne humaine (comme l’a développée le pape Jean-Paul II). Cette approche suppose la question – très disputée aujourd’hui – du sens et du contenu de la loi naturelle [2] et celle de la relation de cette loi avec la nature humaine sexuée.
Ce cours se propose donc de développer, dans un premier temps, une compréhension adéquate de la nature humaine face aux attaques de bon nombre de nos contemporains contre l’intégrité de cette nature dans son unité de corps et d’esprit, de masculinité et de féminité et, plus fondamentalement encore, dans son lien avec la grâce comprise comme expression du don gratuit du Créateur et Rédempteur [3]. C’est la raison pour laquelle ce cours traite d’aborde deux réponses opposées à la question essentielle de savoir comment envisager la nature humaine en soi avant d’aborder une réponse plus harmonieuse : celle proposée par la tradition catholique.
Premièrement, la nature humaine est souvent conçue – comme le souligne le pape Jean-Paul II dans Veritatis splendor # 46) – comme « un matériau biologique » destiné à être manipulé par la raison et la liberté humaines, d’où sa considération hors du contexte de la création (Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Shulamith Firestone et Margaret Sanger, où nous percevons un écho du pélagianisme). Deuxièmement, la nature humaine peut être conçue dans le contexte d’un dualisme entre la nature et la grâce, à savoir comme une invention humaine « pour atteindre la grâce par ses propres efforts » (Martin Luther, Cornélius Jansen et le courant fidéiste). Troisièmement, la nature humaine – comme la nature en générale – peut être conçue (et ce cours défende ce point de vue) comme porteuse de sens, et plus spécifiquement, comme l’expression des intentions du Créateur, d’où les deux possibilités d’aborder le sens spécifiquement « éthique » de la nature humaine : (a) celui de la loi naturelle (qui ne doit pas être confondue avec l’idée d’une réduction biologique de la personne humaine) ; et (b) celui de la sacramentalité, comme exprimée, par exemple, dans les textes d’Ephésiens 5, 21-33 et de Matthieu 19, 3-12.
Cette discussion de la nature humaine permettra de mieux comprendre la valeur et la signification de la perspective personnaliste du pape Jean-Paul II et surtout de sa fameuse théologie du corps que nous étudierons dans un deuxième temps. Cette perspective, qui veille sur la dignité de la personne, sert à souligner les dimensions à la fois objectives et subjectives de l’expérience humaine, lesquelles sont impliquées dans sa méthode phénoménologique. Nous verrons que cette phénoménologie à la fois anthropologique et théologique de l’amour humain dégage non simplement le sens spécifiquement « conjugal » du corps humain, mais surtout le sens conjugal de la personne même qui « est » un corps, comme l’exprime le célèbre passage du concile Vatican II : Gaudium et spes, # 24 [4]. Le pape Jean-Paul II nous invite à devenir ce que nous sommes par une appropriation consciente et libre des valeurs objectives qui sont déjà impliquées dans le don même de notre création.
Nous conclurons en abordant la position du Magistère de l’Eglise sur les questions de l’éthique sexuelle citées ci-dessus (celles, par exemple, de la contraception, de la stérilisation directe, de l’auto-érotisme, des rapports pré-matrimoniaux, des relations homosexuelles) à la lumière de cette compréhension à la fois naturelle et sacramentelle de la nature et la personne humaines.
Ce cours est offert sur un cycle de chaque deux ans.
Enseignante : Dr. Michele Schumacher
Lieu : Salle 3111
Jours et heure : mardi 15h15-16h00
[1] Il y un « lien indissoluble, que Dieu a voulu et que l’homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l’acte conjugal : union et procréation » (Paul VI, Humanae vitae, #12)
[2] Voir à ce sujet le récent document de la commission théologique internationale intitulé A la recherche d’une éthique universelle : nouveau regard sur la loi naturelle.
[3] Comme l’exprime l’importante maxime de Thomas d’Aquin : « la grâce ne détruit pas la nature, mais la porte à son accomplissement » (Somme théologique, I, q. 1, a. 8, ad. 2 : « cum enim gratia non tollat naturam sed perficiat »).
[4] « […] l’homme, seule créature sur terre que Dieu ait voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même » (Gaudium et spes, # 24).
