Réunies dans le cadre des secondes "Assises du social",
150 personnes ont discuté des questions relatives à la
responsabilité et la solidarité à l'Institut agricole
de Grangeneuve. L'événement était organisé
conjointement par la Direction de la santé publique et des affaires
sociales du canton de Fribourg et la Chaire francophone du Département
de travail social et politiques sociales de l'Université.
Par David Pichonnaz
En guise d’ouverture, Viviane Châtel, maître-assistante à la Chaire
francophone de travail social et politiques sociales, a présenté une
conférence sur les enjeux actuels de la responsabilité et de la solidarité.
Par la suite, des ateliersdébats ont permis à l'assistance d’explorer
les notions de responsabilité et de solidarité au niveau de l'entreprise,
de l'environnement, du social et de l'éducation. Ils ont été suivis
d'une table ronde rassemblant Ruth Lüthi, Katharina Hürlimann, Michel
Pittet et Daniel de Roche. Les Assises ont été conclues par une synthèse
de Marc-Henry Soulet, professeur, titulaire de la Chaire de travail
social et politiques sociales. La journée a débouché sur une proposition
de François Mollard, chef du Service social cantonal, de créer une plateforme
de réflexion et d'action réunissant notamment les milieux de la famille,
du social, de la politique, de l'éducation et de l'économie.
La solidarité : une évidence complexe
Parallèlement à la recherche menée par Vivianne Châtel dans le
canton de Fribourg sur le thème “ Responsabilité et solidarité ”, recherche
qui l'a conduite à interroger des responsables d'entreprises, des responsables
d'associations et institutions sociales et aussi des responsables administratifs
et à recueillir les données relatives à leurs activités, une enquête
(non représentative) sur la solidarité en acte auprès de 1300 personnes
du Canton interrogées pendant l'hiver 2001-2002 a été réalisée par les
étudiant-e-s de la Chaire francophone dans le cadre du séminaire “ La
solidarité en acte ” donné par Madame Châtel. Les résultats de cette
enquête montrent que 90% des personnes interrogées estiment qu'il est
nécessaire de participer à des campagnes de solidarité, et 86,5% déclarent
avoir effectué au moins un acte visant la solidarité au cours de l'année
: 67,1% des personnes interrogées ont fait un don en argent, 21% ont
fait un ou des dons en nature, et 39,8% ont " donné de leur temps ".
Les motifs de ces actes de solidarité sont principalement : la sympathie,
la responsabilité pour autrui, le souci d'égalité, la souffrance ressentie,
les convictions idéologiques et les règles de vie. L'enquête a par ailleurs
montré que 33,7% des personnes interrogées ne souhaitent pas effectuer
de dons en espèces, estimant que l'argent est mal utilisé (alors que
seulement 2,8% considèrent que chacun est responsable de son sort).
Un document reprenant les différents aspects de la recherche (incluant
aussi les grandes lignes de l'enquête des étudiant-e-s) a été remis
aux participant-e-s de cette journée d'étude.
Rôle de l'Etat
Même si, en matière de solidarité, “ l'importance des organisations
privées et caritatives est toujours déterminante ”, comme le souligne
Vivianne Châtel, il y a, à côté de ces actes de solidarité “ privés
”, le rôle de l’État en matière d’aide sociale. La recherche montre
ainsi que, en 2000 et dans le canton de Fribourg, 1080 individus ont
bénéficié de l'aide sociale de l'État à cause de revenus insuffisants.
La Conseillère d'Etat Ruth Lüthi, en charge de la santé publique et
des affaires sociales, relève que “ le canton de Fribourg a un bon réseau
social. L'aide est bien structurée, notamment grâce à la professionnalisation
des services sociaux, présents dans chaque commune ”.
Solidarité formelle contre solidarité de proximité
Selon le Prof. Soulet, ces deux types de solidarités, à savoir
la solidarité publique, abstraite, qui s'appuie sur le droit, et la
solidarité privée, de proximité (famille, voisinage…), qui s'appuie
sur la morale, ne sont pas de même nature. Ces deux formes relèvent
de deux registres différents mais complémentaires. “ Cela ne fonctionne
pas en vase communicant. Il ne s'agit pas d'un problème de transfert
d'un type de solidarité vers un autre, mais d'un problème d'articulation.
Si l'on admet que la solidarité est un compromis (entre des valeurs
plurielles qui débouchent sur des pratiques diverses), il faut développer
une articulation aussi cohérente que possible entre les différentes
solidarités, afin que celles-ci soient garanties à la fois légalement
et moralement dans le temps ”. Or, il est apparu au cours des discussions
que l'agent le mieux à même de gérer cette articulation est l'Etat.
L'administration peut solliciter davantage l'Université
L'objectif des Assises du social est d’intensifier la collaboration
entre l’Université et l’Etat de Fribourg sur ces questions. En effet,
comme le précise le Prof. Soulet: “ une des missions définie par la
loi universitaire est le service à la cité.
Nous essayons donc de développer au maximum les activités dans cette
direction ”. Ruth Lüthi, quant à elle, regrette de ne pas disposer d'assez
de crédits pour donner l’impulsion à de nouveaux projets de recherche:
“ nous pouvons toutefois profiter des recherches effectuées au sein
de la Chaire de travail social, mais également en sociologie, psychologie
ou encore en pédagogie. Nous essayons par exemple d’intégrer leurs résultats
dans les discussions de nos commissions. Peut-être est-ce à nous, l'administration,
de solliciter davantage l’Université ”.

Solidarité : les temps sont durs
Le choix du thème des dernières Assises du social était l’œuvre
de Ruth Lüthi. Selon la Directrice de l’action sociale, on ne saurait
remplacer la solidarité par la seule responsabilisation individuelle.
Mais il lui est difficile de faire passer des objets de politique sociale,
de faire appel à la solidarité.
Ne faudrait-il pas plutôt responsabiliser les gens
?
C’est bien ce qu’on me retorque souvent. C'est devenu comme une
alternative à la solidarité, comme si la responsabilité individuelle
pouvait remplacer la solidarité. Cela signifie que l'on culpabilise
ceux qui en ont besoin: il est pourtant évident qu'elle est nécessaire
pour rééquilibrer l'inégalité des chances.
Faut-il renoncer à toute idée de responsabilisation
?
Je ne dis pas que la solidarité doit déboucher sur une dé-responsabilisation
des individus. Ce n’est pas une alternative. Etre responsable fait partie
de la dignité des personnes : on préfère être responsable de sa vie
que dépendre des autres.
Comment alors concilier les deux ?
En donnant la possibilité aux personnes qui en ont besoin d’apprendre
cette responsabilité. Il s’agit d’intégrer les personnes dans les processus
de décision, que ce soit en famille, à l’école ou dans les entreprises.
(dp)

Vielfältige Formen der Solidarität
Eigenverantwortlichkeit sollte kein Ersatz für Solidarität
sein, sondern diese ergänzen. So lautet eine der Thesen, die an der
zweiten Konferenz für Sozialfragen in Grangeneuve diskutiert wurde.
Während die Sozialhilfe, in der sich die öffentliche Solidarität ausdrückt,
auf dem Recht gründet, so ist die auf Nähe ausgerichtete private Solidarität
eine Sache der Moral. Die von Vertretern des Kantons Freiburg und der
Universität organisierte Konferenz beschloss, eine Plattform für Sozialfragen
einzurichten, die allen betroffenen Kreisen (Sozialwesen, Familie, Erziehung,
Wirtschaft, Politik) die Möglichkeit geben soll, sich mit der künftigen
Gestaltung der freiburgischen Sozialpolitik auseinanderzusetzen.