> universitas friburgensis juin 2002

 
 

 


la responsabilité ne saurait se substituer à la solidarité

Réunies dans le cadre des secondes "Assises du social", 150 personnes ont discuté des questions relatives à la responsabilité et la solidarité à l'Institut agricole de Grangeneuve. L'événement était organisé conjointement par la Direction de la santé publique et des affaires sociales du canton de Fribourg et la Chaire francophone du Département de travail social et politiques sociales de l'Université.

Par David Pichonnaz

En guise d’ouverture, Viviane Châtel, maître-assistante à la Chaire francophone de travail social et politiques sociales, a présenté une conférence sur les enjeux actuels de la responsabilité et de la solidarité. Par la suite, des ateliersdébats ont permis à l'assistance d’explorer les notions de responsabilité et de solidarité au niveau de l'entreprise, de l'environnement, du social et de l'éducation. Ils ont été suivis d'une table ronde rassemblant Ruth Lüthi, Katharina Hürlimann, Michel Pittet et Daniel de Roche. Les Assises ont été conclues par une synthèse de Marc-Henry Soulet, professeur, titulaire de la Chaire de travail social et politiques sociales. La journée a débouché sur une proposition de François Mollard, chef du Service social cantonal, de créer une plateforme de réflexion et d'action réunissant notamment les milieux de la famille, du social, de la politique, de l'éducation et de l'économie.

La solidarité : une évidence complexe
Parallèlement à la recherche menée par Vivianne Châtel dans le canton de Fribourg sur le thème “ Responsabilité et solidarité ”, recherche qui l'a conduite à interroger des responsables d'entreprises, des responsables d'associations et institutions sociales et aussi des responsables administratifs et à recueillir les données relatives à leurs activités, une enquête (non représentative) sur la solidarité en acte auprès de 1300 personnes du Canton interrogées pendant l'hiver 2001-2002 a été réalisée par les étudiant-e-s de la Chaire francophone dans le cadre du séminaire “ La solidarité en acte ” donné par Madame Châtel. Les résultats de cette enquête montrent que 90% des personnes interrogées estiment qu'il est nécessaire de participer à des campagnes de solidarité, et 86,5% déclarent avoir effectué au moins un acte visant la solidarité au cours de l'année : 67,1% des personnes interrogées ont fait un don en argent, 21% ont fait un ou des dons en nature, et 39,8% ont " donné de leur temps ".

Les motifs de ces actes de solidarité sont principalement : la sympathie, la responsabilité pour autrui, le souci d'égalité, la souffrance ressentie, les convictions idéologiques et les règles de vie. L'enquête a par ailleurs montré que 33,7% des personnes interrogées ne souhaitent pas effectuer de dons en espèces, estimant que l'argent est mal utilisé (alors que seulement 2,8% considèrent que chacun est responsable de son sort). Un document reprenant les différents aspects de la recherche (incluant aussi les grandes lignes de l'enquête des étudiant-e-s) a été remis aux participant-e-s de cette journée d'étude.

Rôle de l'Etat
Même si, en matière de solidarité, “ l'importance des organisations privées et caritatives est toujours déterminante ”, comme le souligne Vivianne Châtel, il y a, à côté de ces actes de solidarité “ privés ”, le rôle de l’État en matière d’aide sociale. La recherche montre ainsi que, en 2000 et dans le canton de Fribourg, 1080 individus ont bénéficié de l'aide sociale de l'État à cause de revenus insuffisants.

La Conseillère d'Etat Ruth Lüthi, en charge de la santé publique et des affaires sociales, relève que “ le canton de Fribourg a un bon réseau social. L'aide est bien structurée, notamment grâce à la professionnalisation des services sociaux, présents dans chaque commune ”.

Solidarité formelle contre solidarité de proximité
Selon le Prof. Soulet, ces deux types de solidarités, à savoir la solidarité publique, abstraite, qui s'appuie sur le droit, et la solidarité privée, de proximité (famille, voisinage…), qui s'appuie sur la morale, ne sont pas de même nature. Ces deux formes relèvent de deux registres différents mais complémentaires. “ Cela ne fonctionne pas en vase communicant. Il ne s'agit pas d'un problème de transfert d'un type de solidarité vers un autre, mais d'un problème d'articulation. Si l'on admet que la solidarité est un compromis (entre des valeurs plurielles qui débouchent sur des pratiques diverses), il faut développer une articulation aussi cohérente que possible entre les différentes solidarités, afin que celles-ci soient garanties à la fois légalement et moralement dans le temps ”. Or, il est apparu au cours des discussions que l'agent le mieux à même de gérer cette articulation est l'Etat.

L'administration peut solliciter davantage l'Université
L'objectif des Assises du social est d’intensifier la collaboration entre l’Université et l’Etat de Fribourg sur ces questions. En effet, comme le précise le Prof. Soulet: “ une des missions définie par la loi universitaire est le service à la cité.

Nous essayons donc de développer au maximum les activités dans cette direction ”. Ruth Lüthi, quant à elle, regrette de ne pas disposer d'assez de crédits pour donner l’impulsion à de nouveaux projets de recherche: “ nous pouvons toutefois profiter des recherches effectuées au sein de la Chaire de travail social, mais également en sociologie, psychologie ou encore en pédagogie. Nous essayons par exemple d’intégrer leurs résultats dans les discussions de nos commissions. Peut-être est-ce à nous, l'administration, de solliciter davantage l’Université ”.

 


Solidarité : les temps sont durs
Le choix du thème des dernières Assises du social était l’œuvre de Ruth Lüthi. Selon la Directrice de l’action sociale, on ne saurait remplacer la solidarité par la seule responsabilisation individuelle. Mais il lui est difficile de faire passer des objets de politique sociale, de faire appel à la solidarité.

Ne faudrait-il pas plutôt responsabiliser les gens ?
C’est bien ce qu’on me retorque souvent. C'est devenu comme une alternative à la solidarité, comme si la responsabilité individuelle pouvait remplacer la solidarité. Cela signifie que l'on culpabilise ceux qui en ont besoin: il est pourtant évident qu'elle est nécessaire pour rééquilibrer l'inégalité des chances.

Faut-il renoncer à toute idée de responsabilisation ?
Je ne dis pas que la solidarité doit déboucher sur une dé-responsabilisation des individus. Ce n’est pas une alternative. Etre responsable fait partie de la dignité des personnes : on préfère être responsable de sa vie que dépendre des autres.

Comment alors concilier les deux ?
En donnant la possibilité aux personnes qui en ont besoin d’apprendre cette responsabilité. Il s’agit d’intégrer les personnes dans les processus de décision, que ce soit en famille, à l’école ou dans les entreprises. (dp)

 


Vielfältige Formen der Solidarität

Eigenverantwortlichkeit sollte kein Ersatz für Solidarität sein, sondern diese ergänzen. So lautet eine der Thesen, die an der zweiten Konferenz für Sozialfragen in Grangeneuve diskutiert wurde. Während die Sozialhilfe, in der sich die öffentliche Solidarität ausdrückt, auf dem Recht gründet, so ist die auf Nähe ausgerichtete private Solidarität eine Sache der Moral. Die von Vertretern des Kantons Freiburg und der Universität organisierte Konferenz beschloss, eine Plattform für Sozialfragen einzurichten, die allen betroffenen Kreisen (Sozialwesen, Familie, Erziehung, Wirtschaft, Politik) die Möglichkeit geben soll, sich mit der künftigen Gestaltung der freiburgischen Sozialpolitik auseinanderzusetzen.

 


Service Presse + Communication  
Mise à jour: juin 2002 par nf
 
www.unifr.ch/spc
Email: press@unifr.ch
tél. ++41(26) 300 70 34  -  fax ++41(26) 300 97 03
 Université de Fribourg  Miséricorde  CH-1700 Fribourg