Le concept de " genre " (Gender) a été introduit pour analyser des
catégories socialement et historiquement constituées et pour remettre
en question des principes de division du monde conçus comme " naturels
" et " évidents ". Cette évolution de la discussion scientifique qui
ouvre de nouveaux champs d’investigation permet une nouvelle approche
de toutes sortes de phénomènes sociaux.
par Helene Füger et Gabriella Della Vecchia
L'histoire des études genre n’est pas sans rapport avec le mouvement
féministe des années 60 et 70. En effet, les questions et revendications
formulées par le mouvement des femmes mettaient aussi en évidence des
besoins en termes de savoir. Dans ce contexte, la critique du mouvement
féministe à l'égard de l'université était double : elle ne concernait
pas uniquement l'exclusion des femmes des carrières universitaires,
mais aussi le savoir produit dans et par cette même institution. Ce
savoir, qui se voulait universel et neutre, est alors démasqué comme
partiel : " Soit la science fait le silence sur les femmes - et les
problèmes soulevés par le mouvement féministe sont considérés comme
insignifiants-, soit les rapports entre les sexes sont considérés comme
naturels. Ainsi, la science voile et reproduit la discrimination des
femmes. "
A cette invisibilité des femmes, il est répondu tout d'abord par un
travail visant à faire sortir les femmes de leur marginalisation dans
le domaine scientifique. Travail considérable qui consiste à (re)découvrir
et décrire les conditions des femmes dans l'histoire, ainsi que leurs
statuts et positions dans la société. Se développent alors les Women's
Studies, qui se proposent de renverser le point de vue à partir duquel
se posent les questions scientifiques et, puisque ce point de vue ne
peut être neutre, de l'expliciter à partir de l'expérience des femmes.
La recherche de ce nouveau savoir s'inscrit donc dans un projet émancipateur.
Des catégories socialement construites
Mais la recherche ne peut se limiter à " rendre visibles " les femmes.
Les années 80 voient la recherche se déplacer sur les " rapports sociaux
de sexes ", c’est-à-dire la construction sociale des catégories de "
femmes " et d’ " hommes ", ainsi que les représentations de la " féminité
" et de la " masculinité " qui tendent à naturaliser ces différences
et hiérarchisations alors qu’elles sont socialement construites. Il
s'agit dès lors d'analyser et de comprendre comment se construit et
se transforme la relation entre femmes et hommes, comment sont instituées,
transmises et modifiées les normes qui guident leurs comportements,
comment les significations socio-culturelles attribuées à la différence
des sexes contribuent à forger des identités de genre et à légitimer
les structures patri - arcales et hiérarchiques de la division sociale.
Depuis, le genre est considéré non seulement comme une catégorie fondamentale
structurant les sociétés et la vie des individus, mais aussi comme une
catégorie d'analyse scientifique intervenant dans la compréhension de
phénomènes (sociaux, culturels, économiques, politiques) touchant l’ensemble
des disciplines. Si cette particularité répond à une indéniable évolution
du savoir vers le décloisonnement et l'ouverture, elle constitue en
même temps un défi supplémentaire pour l'institutionnalisation des études
genre dans les universités.
Vers l'institutionnalisation des études genre
Cette institutionnalisation semble désormais acquise dans les pays
d'Amérique du Nord et en Europe. Or, elle ne fait que commencer en Suisse.
Pendant longtemps, l'échange et l'engagement pour ce domaine se sont
surtout fait en marge de l'offre de cours institutionnelle, par des
étudiant-e-s, doctorant-e-s et personnes faisant partie de la relève.
Pourtant, le travail accompli est considérable. L'évaluation conduite
par le Conseil suisse de la science atteste de l'importance et du caractère
novateur de ce domaine de recherche, concluant dans ses recommandations
que " le potentiel nécessaire pour une institutionnalisation existe
et qu'un progrès vers la professionnalisation et l'assurance de la qualité
de ces études dépendra de cette institutionnalisation. "
L'expérience montre qu'une institutionnalisation capable de développer
une recherche de haut niveau et un enseignement de qualité nécessite
la mise en place de postes spécialisés. Les universités de Bâle et de
Lausanne ont été les premières universités à créer des postes de professeur-e-s
en études genre (trois au total).
Les études genre à l’Université de Fribourg
A l'Université de Fribourg, des cours et séminaires en études genre
sont régulièrement offerts, sans compter les activités en dehors de
l'offre ordinaire de cours dont, à titre d’exemples, la Semaine études
femmes / études genre en 1999, le 10ème Congrès suisse des historiennes
en 2000, le cycle de conférences Naître en 2001, etc. Le succès de ces
manifestations atteste de l'intérêt que revêt ce domaine tant pour les
étudiant- e-s que pour les chercheuses et chercheurs. Il est encore
prouvé par ce numéro d'Universitas Friburgensis. Les articles qui y
figurent reflètent une partie des travaux présentés à la 2ème édition
de Work in Progress - Gender Studies du 5 juin 2002, dont l’objectif
principal est de permettre un échange entre chercheuses et chercheurs
de tout niveau, par delà les frontières disciplinaires. La richesse
des travaux dans ce domaine explique aussi le succès du Prix études
femmes/ études genre que l'Association des Amis de l'Université de Fribourg
finance depuis 1999.

Gender Studies gewinnen in der Schweiz an Bedeutung
Wie die vorliegende Ausgabe beweist, bilden die Gender
Studies an der Universität Freiburg einen Forschungsbereich, der auf
zunehmendes Interesse stösst. Auf Grund ihrer wachsenden Bedeutung und
ihres innovativen Charakters besitzen sie heute in der Schweiz genügend
Potenzial, um sich an den Hochschulen institutionalisieren zu können.
Seit den 1960er Jahren eng mit der Frauenemanzipation verbunden, befassen
sich die Gender Studies gegenwärtig vor allem mit den Beziehungen zwischen
Mann und Frau, mit den Normen, die das geschlechtsspezifische Verhalten
bestimmen, und mit den soziokulturellen Bedeutungen, die dem Unterschied
zwischen den Geschlechtern gegeben werden.