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Lorsque les gènes remplacent les pesticides

Jean-Pierre Metraux a 46 ans et est Directeur de l'Institut de biologie végétale

Pesticides, fongicides et herbicides détruisent notre sous-sol. Les recherches de l'Institut de biologie végétale préparent des alternatives qui protègent les plantes sans utiliser des produits chimiques.

Quel est votre sujet de recherche ?

  • Améliorer les performances des plantes

Les plantes doivent lutter contre une multitude de micro-organismes: champignons, bactéries, virus... L'invasion de ces micro-organismes pathogéniques conduit les plantes à la maladie et à une perte de leurs performances. Et, pour l'agriculteur, cela signifie tout simplement une perte de rendement. Or, les plantes peuvent réagir contre des envahisseurs microbiens: «Nos recherches se penchent précisément sur les mécanismes de résistance des plantes. Après une infection limitée par un pathogène, de nombreuses plantes développent une résistance ultérieure au même ou à d'autres pathogènes. Des études ont montré que l'acide salicylique, une petite molécule qui est aussi le principe actif de l'aspirine, est un signal qui participe à l'activation des défenses de la plante.»

Quelle est l'application possible de cette recherche ?

  • Une alternative aux pesticides

La recherche en cours utilise une méthodologie très avancée en biologie cellulaire et moléculaire, afin de comprendre les aspects fondamentaux de l'activation des réactions de défense chez les plantes. Une recherche essentielle pour le développement de nouveaux moyens de protection des plantes cultivées. «L'un des buts de nos travaux est d'offrir une alternative à l'utilisation des pesticides. Pour ce faire, deux approches se dessinent. La première vise à developper des produits 'non pesticides' stimulant l'immunité des plantes. La deuxième est de développer des plantes transgéniques, contenant un ou plusieurs gènes qui leur permettent de mieux résister contre certains pathogènes.»

Pourquoi utilisez-vous le génie génétique ?

  • Le signal de défense des plantes

«Ces études de l'Institut visent à comprendre comment le signal de défense des plantes est formé, transporté et, finalement, comment il active les réactions de défense de la plante.» C'est une approche biochimique combinée avec l'étude de mutants incapables de produire ou de percevoir l'acide salicylique qui est utilisée pour atteindre ces objectifs. Jusqu'ici, une série de gènes ont pu être identifiés, responsables de la synthèse de protéines constituant les barrières au développement des envahisseurs microbiens. «Pour nous, il s'agit maintenant de comprendre comment ces gènes et ces protéines sont impliqués dans les réactions de défense.» L'une des approches utilisées dans le laboratoire de l'Institut consiste à produire des plantes transgéniques qui expriment ces protéines. Qui résisteront dès lors mieux aux maladies.

Vous considérez-vous comme un «apprenti-sorcier» ?

  • On ne peut pas tout planifier!

«Nous cherchons à comprendre l'incompris. Et la recherche est terriblement difficile! On doit avancer à petit pas, en tâtonnant. Même si certains peuvent penser que nous sommes apparentés à des sorciers, nous sommes soumis à des règlements. Dans notre domaine, nous cherchons à trouver des solutions qui n'ont rien à voir avec la sorcellerie, puisque nous développons des moyens rationnels visant à aider l'agriculture. Nous ne pourrons pas continuer à utiliser les herbicides, les fongicides et les pesticides! Et - c'est très important - en nous demandant de démontrer qu'il n'y a pas d'autres moyens que le recours aux modifications génétiques pour certaines recherches, on méconnaît le fonctionnement des découvertes, qui ne sont pas planifiables de A à Z. C'est en travaillant sur les projets que jaillissent des solutions.»


Universitas Friburgensis décembre 97

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