www.unifr.ch/spc/UF/95fevrier/duss-vonwerdt.html
La médiation familiale: dans l'air du temps |
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Si l'idée de médiation est ancienne, sa pratique est beaucoup plus récente. De plus en plus, cette formule plus humaine de règlement des conflits familiaux s'impose. Si l'un de ses objectifs pratiques est de décharger les tribunaux des cohortes de divorces, la médiation familiale permet surtout de réduire les coûts psychiques et humains des conflits parentaux et de défendre les intérêts souvent négligés des enfants. |
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C'est vers la fin des années 50, d'abord aux Etats-Unis, qu'ont été créés les premiers centres de médiation. Objectif: aider le règlement des conflits entre voisins, collègues de travail, enseignants, parents et élèves, conjoints et membres de famille, locataires et propriétaires. Passant par la Grande-Bretagne, la médiation s'est vite répandue en Europe, notamment en France et dans d'autres pays francophones, un peu plus tard en Allemagne et, depuis quelques années, en Suisse1. On parle aujourd'hui de médiation de quartier, de médiation communautaire, pénale (entre victimes et délinquants), scolaire, syndicaliste, politique etc. La médiation familiale, à laquelle on promet une «irrésistible diffusion»2, ne représente donc qu'un secteur dans un champ beaucoup plus vaste. Mais l'idée commune reste toujours la même: trouver des moyens pour que les partenaires puissent résoudre eux-mêmes leur conflit, sans faire appel au tribunal, ou plus précisément avant la procédure judiciaire prescrite par la loi, comme en cas de divorce par exemple. Le développement de la médiation a été favorisé pour décharger les tribunaux, mais aussi par souci de réduire les «coûts» psychiques, sociaux, économiques et financiers des concernés. Précisons que le terme de «médiation familiale» se limitera ici à une intervention médiatrice, au moment où un couple se sépare ou divorce et que la famille se transforme. Une médiation pourrait être aussi envisagée pour d'autres conflits familiaux, p.ex. lorsque le père s'oppose à payer les études de sa fille qui y a droit, etc. Rendre aux personnes le pouvoir sur leurs conflits La médiation peut être définie comme «un processus le plus souvent formel par lequel un tiers neutre tente, à travers la conduite d'une réunion, de permettre aux parties de confronter leurs points de vue et de rechercher avec son aide une solution aux litiges qui les opposent. Comme dans le cas de la conciliation, le médiateur assiste simplement les parties dans la recherche d'une solution qui satisfera leurs intérêts respectifs et il ne dispose d'aucun pouvoir pour trancher le différend ou imposer la décision aux parties en cause.» 3 Appliquons les éléments de cette définition à la médiation familiale. Les parties sont des conjoints en train de se séparer ou de divorcer, confrontés aux conflits autour des conséquences pratiques de leur décision: attribution des enfants et/ou garde, visites, finances, pension alimentaire, assurances vieillesse, logement etc. Le médiateur les aide à chercher (et à trouver) une solution, qui prendra corps dans un accord final, dont le contenu (pas nécessairement la forme) a été élaboré par les conjoints et sera présenté au juge. Les conjoints entrent ainsi dans un processus au cours duquel ils clarifient leurs points de vue respectifs et leurs intérêts individuels, développent des options ou des solutions possibles et choisissent celle qui leur semble la plus adéquate et juste. L'implication active des enfants dans ce processus est controversée. L'engagement dans le processus est volontaire4 et peut être interrompu à n'importe quel moment. La participation toujours active des deux partenaires en conflit est une condition fondamentale, parce qu'ils sont des protagonistes qui défendent leur propre cause. L'Association Vaudoise pour la médiation de quartier, qui vient d'être créée, dit à ce sujet: «La médiation rend aux personnes le pouvoir sur leur conflit. Les parties ne sont pas seulement leurs propres avocats, mais aussi leurs propres juges. Les comportements 'adultes' sont ainsi encouragés».5 La médiatrice ou le médiateur sont neutres. Ils animent les discussions, veillent sur l'équité, informent selon leurs connaissances. Les médiateurs ne proposent donc pas une «solution» et n'ont aucune fonction dans la procédure judiciaire en tant que témoin, «avocat» d'une partie ou expert psychologique, psychosocial etc. Cela tient à la confidentialité nécessaire des entretiens, au contrat et à la déontologie de la médiation. Il est évident que le médiateur doit disposer de connaissances psychologiques, de l'interaction et de la dynamique du couple en conflit ou de la famille en crise, tout en restant médiateur et non conseiller ou thérapeute. De plus, des connaissances au moins générales de la loi et de la procédure sont requises. Le processus de médiation est formel dans le sens où il est structuré par des séances à des heures et à un endroit convenus, dont les frais sont réglés. Les méthodes des médiateurs se différencient par leur provenance professionnelle, juridique ou thérapeutique. Il est donc compréhensible qu'un certain «flou conceptuel»6 demeure. On est cependant d'accord sur le fait que le processus de médiation doit être structuré selon ses contenus et en étapes successives.7 La médiation familiale en Suisse Comme dans tous les pays industrialisés, le nombre de divorces augmente en SuisseTableau et avec eux le nombre d'enfants touchés par la crise du couple parental. Insuffisamment représentés dans les procédures, c'est aux enfants que la médiation familiale s'adresse avant tout afin de garantir leurs droits en aidant les parents à négocier des accords consensuels. Les premières initiatives ont été prises en Suisse romande en 1985. Une association a alors élaboré des statuts et des règles de déontologie. En 1991, un premier cycle de formation débutait, assuré par le Centre de formation continue (CEFOC) de Genève et l'Institut de perfectionnement (INPER) de Lausanne. En 1994, un deuxième cycle venait le compléter. A l'initiative de l'auteur de ce texte, l'Association suisse pour la médiation familiale (ASMF) fut fondée en juin 1992 avec siège à Neuchâtel8. On y a adopté des statuts, un code de déontologie et des directives pour la formation déjà en vigueur en Suisse romande. En 1994, une formation fut mise sur pied par l'Institut für Ehe und Familie (IEF) de Zurich et le Zentrum für Agogik (ZAK) de Bâle, sous l'égide de l'ASMF. Une formation est offerte aussi par l'Institut privé de formation systémique de Fribourg. Ces trois formations sont conformes à la Charte Européenne de la formation des médiateurs et reconnues par la commission compétente de Paris. Des centres de pratique existent entre autres à Genève, Lausanne, Neuchâtel, Winterthur, Bülach, Olten et Locarno. Le projet d'une nouvelle loi sur le divorce (1992) recommande aux cantons de veiller à ce que les conjoints puissent s'adresser à des médiateurs, qui les aident à s'entendre sur le divorce et ses conséquences (art. 151). Les prises de position à l'égard de cette idée furent assez favorables. Les opposants faisaient preuve d'une certaine ignorance, ce qui n'est ni étonnant ni reprochable, la pratique de la médiation n'étant encore que récente, les formations et l'élaboration théorique encore en cours d'élaboration. Une évaluation ne sera possible qu'après une plus longue expérience. Pour une médiation interdisciplinaire De par sa nature, la médiation familiale touche le droit, la psychologie, la sociologie, les sciences économiques, le domaine psychosocial du couple et de la famille, les systèmes judiciaires et le travail social. Une pratique adéquate ne peut donc être qu'interdisciplinaire, ce qui n'implique pas seulement la coordination des différentes interventions, mais aussi la nécessité de trouver des formules fiables pour une meilleure coopération entre la pratique, la formation et la recherche, au profit des «clients». La discussion, inévitable, autour d'une politique professionnelle n'a guère commencé. Finalement, s'ouvre un nouveau domaine pour la recherche qui porte sur une réflexion théorique, l'évaluation de la pratique et des formations. C'est dans cet esprit que l'Institut de recherche et de conseil dans le domaine de la famille de l'Université de Fribourg s'engage à aller de l'avant, dans des terres encore peu connuesÉ
Prof. tit. Joseph Duss-von Werdt
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Universitas Friburgensis février 95 |
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