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Le stress et le couple |
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L'instabilité des mariages modernes est un fait connu - et reconnu - dans nos sociétés industrielles. Or, le lien entre cette instabilité et le stress de la vie quotidienne est significatif. Une prévention pourrait alors aider les couples à mieux gérer les situations de stress et à améliorer leurs relations mutuelles. |
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Plus d'un tiers des mariages se terminent actuellement en divorce (36% en Suisse); aux Etats-Unis, on parle d'un taux de divorce entre 50% et 66%1. Bien que le divorce se pratique plus aisément (par une loi plus «permissive»2) et que le nombre de personnes divorcées croisse de façon disproportionnée, le mariage n'a pas, malgré l'opinion souvent propagée politiquement, perdu de son attrait. Le remariage est très fréquent; ce qui provoque aussi, en général, une hausse du taux de mariage3. Entre 75% et 83% des divorcés tentent une deuxième ou troisième «relation intime formalisée», le mariage. Et cela en dépit d'un taux de divorce encore plus accentué parmi les remariés4. Les mariages entre célibataires (premier mariage pour les deux partenaires) n'ont lieu que dans 66% des cas5. Ces chiffres indiquent que le mariage ou, plutôt, les relations intimes, sont toujours fréquentes. En effet, les statistiques démontrent que 95% de la population des Etats-Unis se marient au cours de la vie6. Ce taux est quasi identique en France7 et en Allemagne, où 63% des femmes et 70% des hommes entre 20 et 60 ans se sont mariés8. Si la tendance à se marier ou à entretenir une relation intime est donc toujours très forte de nos jours, le développement des dissolutions de mariages s'avère d'autant plus tragique. Environ 20% des personnes divorcées considèrent cette solution comme une «heureuse libération»9. La majorité, par contre, en souffre énormément. De plus, parmi les personnes divorcées, on constate des risques élevés de troubles psychiques ou psychosomatiques, un sommeil perturbé, des problèmes sexuels, l'abus d'alcool ou la consommation de drogues, ainsi qu'une probabilité élevée de suicide10. Les conséquences sur les enfants sont elles aussi dramatiques. Psychologie du stress La psychologie et la sociologie suivent depuis plusieurs décennies ce phénomène et tentent d'identifier des variables et des conditions contribuant à une meilleure satisfaction conjugale, afin de comprendre l'instabilité des relations intimes modernes. Depuis peu, la psychologie du stress s'intéresse à ce sujet et tente de clarifier son rôle et sa gestion dans la vie du couple. A Fribourg, une étude longitudinale a été lancée au printemps 1992 en vue de mieux comprendre les conséquences du stress et de sa gestion vis-à-vis du mariage. Son but: étudier comment le stress et sa gestion affectent la satisfaction conjugale: Comment le stress influence l'interaction du couple? Comment le couple réussit à gérer le stress sur le plan individuel et dyadique? Quelles sont les conséquences à long terme d'un stress quotidien de haut niveau? Sur une année, l'étude comprenait trois éléments: - une partie expérimentale en laboratoire, durant laquelle le couple «a été stressé» et où nous avons eu l'occasion d'étudier les réactions face au stress, son influence sur l'interaction du couple, sa gestion individuelle et dyadique, etc. - une étude dans la vie quotidienne des couples (durant plusieurs semaines) et - un «follow-up» après une année.11 Les résultats des analyses ont mis en évidence plusieurs facteurs importants: Plus le stress est élevé, plus la satisfaction du couple est faible. Le stress, vécu en relation intime et provenant des tracas quotidiens (oublier une affaire importante, rater le train, etc. qui sont des agents stresseurs particulièrement significatifs), covarie considérablement avec une satisfaction inférieure. L'interaction du couple se détériore en situation de stress. Durant l'expérience, nous avons constaté des différences significatives dans l'interaction du couple avant et après le déclenchement du stress. Ainsi, sur le plan verbal, on remarque une diminution du taux de remarques positives et une augmentation de négativité. La valorisation du partenaire (un indice informant sur la positivité nette dans l'interaction) diminue de 40% en situation de stress! Gérer - ou ne pas gérer - le stress Par contre, cet effet négatif du stress a pu s'équilibrer par une gestion adéquate de celui-ci. Les personnes qui ont essayé de gérer leur stress en relativisant la gravité de la situation, en évitant de s'exciter ou tentant de se calmer, ne manifestaient quasiment pas d'effets négatifs. Les sujets qui, par contre, ne se sont pas calmés, ont fait des reproches à leur partenaire, à eux-mêmes ou aux autres (mentalement, sans le prononcer vis-à-vis du partenaire), présentaient une haute corrélation entre leur stress subjectif et un style d'interaction très négatif envers leur partenaire. Ces personnes se caractérisaient par une communication hostile, dévalorisante, sarcastique et pleine de reproches, se comportaient aussi sur le plan non-verbal de façon négative (gestes, mines, etc.). Le stress n'influence donc l'interaction que lorsque sa gestion individuelle est inadéquate. Les couples «satisfaits» essayaient plus souvent de gérer le stress en commun et s'aidaient mutuellement à regagner une «homéostasie émotionnelle». Ils offraient plus d'aide à leur partenaire, surtout sur le plan émotionnel. Ces couples se caractérisent par une gestion commune plus établie du stress, un taux d'aide mutuelle élevé, une meilleure fréquence de délégation comme de réaction spontanée aux indices de stress de leur partenaire. Les couples insatisfaits répondaient dans 46% des cas aux signaux verbaux du partenaire, les couples satisfaits dans 58% des cas. La probabilité de recevoir une assistance émotionnelle du partenaire (lors d'une communication non verbale du stress) était même doublée chez les couples heureux ! Des effets à long terme Quant aux conséquences à long terme, le rapport entre niveau de stress dans la vie quotidienne et satisfaction du couple est clairement négative: le stress se corrèle significativement avec une moindre satisfaction après une année. A l'inverse, les stratégies de gestion adéquate du stress se sont démontrées positivement corrélées avec la satisfaction conjugale sur la même durée. Le niveau de stress et la façon de gérer le stress jouent donc un rôle important pour comprendre la satisfaction du couple au cours du temps. Si nous n'avons pas trouvé d'indices d'une influence du stress et de sa gestion sur la stabilité de la relation intime12, nous avons constaté par contre son influence indirecte sur l'instabilité du couple: Les sujets qui avaient mal géré le stress et démontré une interaction négative envers le partenaire avaient une probabilité élevée de se séparer. La négativité paraverbale (intonation négative, sens négatif de la communication) était un facteur central dans le bien-être psychique et des variables de la gestion dyadique du stress, qui permettait une prédiction correcte dans 98% des cas. Stress et prévention Nous pouvons donc postuler que le stress a des influences directes et indirectes sur la qualité de la relation intime. Tandis qu'un manque de temps pour le partenaire, causé par un niveau de stress dépassant les ressources de la personne, se corrèle directement avec une satisfaction conjugale moindre, le stress affecte indirectement cette dernière par une détérioration de l'interaction du couple et des effets destructeurs sur la santé physique et psychique. Ces effets négatifs pouvant être compensés ou réduits par une gestion adéquate sur le plan individuel et dyadique, la façon de savoir résoudre des situations stressantes devient primordiale. D'autres implications de notre recherche s'offrent en particulier dans le domaine de la prévention. Il est plus facile d'éviter des problèmes conjugaux par des techniques que l'on peut apprendre que d'intervenir quand les problèmes sont déjà existants et endurcis. C'est pourquoi nous élaborons actuellement des «trainings» avant le mariage, afin de permettre aux futurs couples de mieux gérer le stress, et de prévenir un divorce qui, peut-être, pourrait être évité... Dr. Guy Bodenmann Institut de Psychologie
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Universitas Friburgensis février 95 |
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