Prof. Jean Widmer
Domaine Sociologie et Médias
Université de Fribourg

 



Mme Heimke Peiry

14 novembre 2007

Bonsoir,

J’aimerais commencer mon témoignage par la lecture d’un poème de René Char intitulé : Commune présence (lecture)

C’est avec émotion et fierté que je m’adresse à vous d’abord au nom de mes collègues et aussi en mon nom personnel. Chère famille de Jean, chers amis, chers étudiants, compagnons de route, Mesdames et Messieurs les représentants des autorités politiques et des instances officielles de l’Université, Monsieur le vice-recteur, Monsieur le Doyen, Mesdames et Messieurs les professeurs et membres de la Faculté, cher invités.

Un proverbe taoïste dit : « Être sage, c’est connaître les hommes, être humain, c’est les aimer.. » Jean Widmer était de ceux qui les aimait. Il les connaissait aussi mais cela n’affectait en rien son amour et son profond respect pour celui qui était à côté de lui.

Tout au long des années durant lesquelles nous avons eu le privilège et le bonheur de le côtoyer et de pouvoir travailler avec lui et pour lui, Jean a tissé des liens entre lui et nous. Chacun a été accueilli avec considération et une attention toute personnelle. Naturellement attentif et observateur, il nous encourageait à relever les défis. Il nous a transmis l’envie de progresser et d’aller au-delà de ce que nous pensions être nos propres limites. Il possédait une autorité innée et n’a jamais utilisé sa supériorité hiérarchique comme moyen de pression. D’aileurs, jouer de sa position de supérieur est facile. On impose et on fait exécuter. Faire confiance est beaucoup plus difficile et exigeant que ce soit de la part de celui qui fait confiance ou de la part de celui à qui on fait don de sa confiance. Jean faisait confiance, il nous faisait confiance. Homme rassembleur, il a toujours intégré tous ses collaborateurs dans ses projets et ses recherches. Chacun y avait sa place que ce soit du côté des collaborateurs administratifs ou académiques. Nous avions tous et sans distinction le droit à la parole, pouvions donner notre avis, aussi un avis divergent sans devoir redouter un rappel à l’ordre ou une mise à l’écart. Par moments, les discussions étaient vives et animées. Nous étions portés par l’enthousiasme de Jean, par sa générosité, son sens du partage émotionnel et intellectuel. Il avait ce don de créer des liens. Porteur d’idées et d’idéaux, il nous a fait cadeau de sa confiance en nous. Nous avions tous nos limites, nos rayons d’action propres. Mais cela était naturel, ce n’était pas imposé. Il nous a toujours traités avec considération et respect de notre personne, aussi différents que nous sommes les uns et les autres.

Combien de fois ne nous sommes nous pas retrouvés spontanément à plusieurs à travailler le soir ou à se croiser les week-ends pour poursuivre un travail ou une réflexion que nous n’avons pas pu mener à terme dans le temps imparti. Sans se donner le mot, nous étions là, lui, Jean, surtout était là et il faisait bon de se retrouver ainsi « à l’improviste ». C’étaient des moments riches en concentration, riches en complicité et couronnés par le succès d’un travail accompli en équipe où le rire aussi était un compagnon fidèle.

(Permettez-moi de vous raconter une petite anecdote ): Lorsque, à l’occasion de mes 60 ans, ma famile m’a demandé comment j’aimerais fêter ce jubilé j’ai répondu spontanément : avec les miens ! A quoi ils m’ont répondu bien sûr : mais c’est nous, les tiens. Cela, je le savais (et le sais) tout en répondant, mais non, je pense à « la bande» ! Nous en avons tous ri de bon cœur, à la maison comme avec Jean et mes colègues de travail et cela est resté une sorte de code entre nous. Si je vous raconte cela, c’est pour vous montrer à quel point Jean a su former une vraie équipe avec ses colaborateurs à multiples facettes et de tous horizons.

Il avait la même considération pour les étudiants. Jamais Jean n’a renoncé à ses cours et enseignements pour donner une conférence ou honorer tout autre engagement susceptible d’augmenter son rayonnement si cela devait se faire au détriment de son engagement envers eux. Il était déterminé, curieux d’apprendre, mais surtout heureux de transmettre et partager son savoir.

Mais en fait, je ne devrais pas m’adresser à vous en parlant au passé même si Jean n’est plus assis à sa place habituelle, que nous ne rencontrons plus sa silhouette dans les corridors, dans les salles de cours, dans nos bureaux... Sa place est toujours parmi nous et elle le restera. Et cela ne saurait être autrement.

Je vous remercie.             

(Heimke Peiry, collaboratrice administrative)

 


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