Prof. Jean Widmer
Domaine Sociologie et Médias
Université de Fribourg

 



Dr Dunya Acklyn Muji

14 novembre 2007

Chère Raquel, chère Vania, cher Frédéric, Cher-chères ami-es de Jean,

Mesdames et Messieurs,

J’ai l’honneur de m’exprimer au nom des personnes qui ont eu l’opportunité de réaliser leur thèse de doctorat avec Jean Widmer. Nous tenons à prendre la parole aujourd’hui pour témoigner de son engagement en faveur de la relève scientifique et du développement des sciences sociales, tant sur le plan scientifique qu’institutionnel.

Pour les personnes qui l’ont côtoyé – et je pense ici également aux étudiantes et étudiants, à ses collaboratrices et collaborateurs scientifiques et administratifs, ainsi qu’à ses collègues – la rencontre avec Jean n’était pas seulement empreinte d’honnêteté et de générosité intellectuelles mais aussi de respect et de reconnaissance de l’Autre, de partage scientifique et surtout humain. Il nous a transmis à la fois sa passion pour la sociologie, une rigueur de l’analyse et une conception éthique et civique des sciences sociales et de l’institution académique. A travers sa pensée sociologique, il nous a montré que l’engagement scientifique envers la chose publique doit avoir une place de choix. Chez Jean, l’intérêt général et le développement des sciences sociales en tant que bien commun ont toujours prévalu sur le prestige personnel. Ce qui rompt avec certaines descriptions de l’université comme petite société féodale, des professeurs comme des seigneurs et des assistantes et assistants comme leurs sujets faisant preuve d’allégeance. Jean n’était pas un directeur de thèse au sens habituel du terme. Il nous a certes proposé une direction, une orientation théorique. Mais de manière cohérente avec la liberté académique qu’il défendait, il nous a laissé une grande autonomie, il nous a fait confiance, il nous a laissé le goût d’avancer dans notre propre réflexion sociologique, sans nous imposer du haut de son statut de professeur l’avancée de ses travaux. Au contraire, il avait l’habitude de soumettre ses écrits à notre regard critique, de manière très humble et pleine de considération pour nous. Cette attitude révèle une fois de plus sa conception démocratique et participative de l’Université.

Avec Jean Widmer, nous avons reçu en héritage le souci de nous interroger sur la manière dont les actes et les discours d’acteurs sociaux rendent intelligible ce qu’ils entendent être et devenir en termes de collectivité politique, de groupe social ou d’institution publique. A ce titre, tout en prenant comme terrain d’études les médias, et de manière plus générale, la communication sociale, la sociologie, telle que Jean nous l’a apprise, correspond davantage à une sociologie générale, voire à une sociologie du politique, qu’à une discipline autonome. Car l’analyse du traitement médiatique de controverses publiques n’est pas une fin en soi, mais le moyen de comprendre les modalités de constitution des collectifs politiques, les modalités du vivre-ensemble. Nous osons formuler le vœu que cette lecture éminemment sociologique de la communication et des médias, également imprégnée de la philosophie politique qui lui tenait tant à cœur, sera défendue et conservée, au moment d’assurer sa succession. D’autant plus que la pertinence scientifique des travaux de Jean Widmer est amplement reconnue, notamment sur le plan international. Avec fierté, nous l’alimentons au quotidien par nos activités de recherche et nous tentons de la transmettre aux étudiantes et étudiants que nous côtoyons. Car nous sommes profondément convaincu-e-s qu’elle contribue à la compréhension de notre être en société, de nos valeurs, de notre manière de renouveler le lien social et politique, ainsi que les institutions que nous incarnons.

Avec Jean, nous avons pris la mesure du rôle critique, réflexif et civique des sciences sociales et nous assumons pleinement notre responsabilité à la fois scientifique et sociale de mettre à jour le fonctionnement et les dérives possibles d’une collectivité ou d’une institution comme l’université. Nous ne pouvons dès lors que craindre une évolution des politiques de formation et de recherche, ainsi que des institutions chargées de cette double mission. Une telle évolution, sous prétexte de modernisation, tend à promouvoir avant tout des disciplines ou des approches plus techniciennes. La promesse d’un intérêt instrumental immédiat se fait au détriment des sciences sociales, pourtant essentielles pour comprendre la société contemporaine et les logiques sous-jacentes à son orientation.

Nous espérons qu’à l’avenir, ce que Jean Widmer nous laisse sur le plan humain et scientifique pourra continuer d’exister au sein de l’Alma mater. En particulier:

- sa conception rigoureuse du travail scientifique,
-
sa conception humaine des rapports sociaux au sein de l’université
-
sa conception humaniste et moderne de ce que devrait être le rôle de l’enseignement et de la recherche dans
la société contemporaine
-
sa conception du politique et son souci pour le devenir de cette même société.

Merci Jean d’avoir tracé une voie que de jeunes chercheuses et chercheurs continueront d’explorer demain et après-­demain comme nous en avons opportunité.                                                        

Je vous remercie. (Dunya Acklin Muji, Dr)


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