L'embryon humain face au temps de l'histoire, face au temps de la vie

Colloque international
27 octobre -29 octobre 2004

 

Pélendri, Chypre, Eglise Sainte-Croix (XIVe siècle)

 

Lieu:
27-28 octobre:
Cité Saint-Justin, rue de Rome 9
29 octobre:
Département de médecine, Auditoire d'histologie, Rte Albert-Gockel1

V. Dasen (éd.), L'embryon humain à travers l'histoire. Images, savoirs et rites, Gollion, Infolio, 2007 (couverture)
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1. Présentation


L'évolution rapide des techniques médicales donne au thème de l'embryon une actualité particulièrement élevée. Au moment où notre société occidentale doit apprendre à gérer les nombreuses questions, notamment d'ordre éthique, sur la procréation et le développement prénatal (clonage, tri d'embryons, interventions prénatales thérapeutiques), ce colloque souhaite poser les bases historiques nécessaires à une réflexion scientifique élargie et engager un dialogue nécessaire entre la communauté académique et la cité.

Ce colloque international va réunir deux groupes de recherche qui travaillent sur cette thématique depuis plus de deux ans en l'abordant sous des angles complémentaires. L'un est basé à l'Université de Fribourg, sous la direction de Véronique Dasen (maître-assistante FNRS et chargée de cours à l'Université de Fribourg) en collaboration avec l'Institut romand d'histoire de la médecine; succédant au cycle de conférences interdisciplinaires “ Naître en 2001 ”
( http://www.unifr.ch/naitre2001/), il réunit des philologues, archéologues, historiens des religions, de la médecine et de l'art.

L'autre équipe travaille à Paris, sous la direction de Jean-Louis Fischer (CNRS-EHESS), et se compose de médecins enseignants et praticiens hospitaliers, historiens de la médecine et des sciences de la vie, philosophes, muséologues et réalisateurs, financée par le Ministère de la Recherche depuis janvier 2003.

A ces deux équipes de chercheurs, qui travaillent à différents niveaux historiques, scientifiques et techniques sur les représentations de l'embryon humain (dessins, gravures, cires, collections en liquides conservateurs, squelettes, diaphanisations, reconstructions, dessins d'enfants, photographies argentiques et numériques, échographies etc.), seront invités à se joindre des chercheurs suisses et étrangers connus pour leurs publications dans ce domaine.

 

2. Programme

Mercredi, 27 octobre 2004

9h00A ccueil

Cathie Spieser, Université de Fribourg
L'embryon en Egypte ancienne : aspects religieux, cultuels et médicaux

Véronique Dasen, Université de Fribourg
La protection de l'embryon : Pratiques et rites magiques

11h00
Sandrine Ducaté-Paarmann, Université de Fribourg
Voyage à l'intérieur du corps féminin: les représentations d'utérus en Etrurie et en Grèce ancienne

Jérôme Wilgaux, Université de Rennes
De la nature de l'embryon: procréation et parenté en Grèce ancienne

14h00
Elisabeth Yota, Université de Fribourg
La représentation de l'embryon dans l'art byzantin

Brigitte Maire, Université de Lausanne
Aspects de la vie intra-utérine

16h00
Vincent Barras
,
Institut universitaire d'histoire de la médecine, Lausanne
L'embryologie galénienne

Helen King, Reading University/ Cathy McClive, Warwick University
When is a fœtus not a fœtus? Diagnosing False Conceptions in Hippocratic texts and Early Modern France

18h30
Monica Green, Arizona State University
Dancing babies and literate midwives. Fetus-in-utero images in the Middle Ages

 

Jeudi, 28 octobre 2004

9h00
Marie-France Morel, Paris CNRS
Embryons glorieux et embryons immatures : iconographies contrastées des grossesses sacrées et du limbe des enfants (XIIIe-XVIe siècles)

Caroline Schuster Cordone, Université de Fribourg
Vieillesse féconde. Images de la maternité tardive au Moyen Age et à la Renaissance

11h00
Anita Petrovski, Université de Fribourg
Le portrait extra-utérin: Consuelo Vanderbilt, Duchesse de Marlborough, et son fils Lord Ivor Spencer-Churchill (1906) par Giovanni Boldini

Véronique Mauron, Université de Lausanne
Génétique de l'image : le souffle comme principe d'animation

14h00
Cédric Crémière, Paris, Centre Alexandre Koyré, M.N.H.N / Emile Papiernik, Maternité Cochin Port-Royal
L'embryon et le foetus humain au musée

Nick Hopwood, University of Cambridge
Model embryologist and embryo: Carl Seffner's marble portrait of Wilhelm His

16h00
Armand Leroi, Imperial College, London
« Mutants »: The uses of monster

Odile Pelet, Université de Lausanne
Embryon humain : numéro de code 3270

18h30
Jean-Louis Fischer
, Paris, Centre Alexandre Koyré, CNRS
Le choix du sexe, les choix d'une histoire

 

Vendredi, 29 octobre 2004

9h00
Jean-Paul Galibert, Paris, Education nationale
Le jeu des temps embryonnaires

Irmi Rey-Stocker, Université de Fribourg
L'expérimentation sur les cellules-souches vue par la médecine et par les trois religions monothéistes: Judaisme, Christianisme et Islam

11h00
Bernardino Fantini, Genève, Institut d'histoire de la médecine et de la santé
Le mythe de l'enfant parfait : pour une histoire du diagnostic prénatal

Patrick Triadou, Paris, Santé Publique, Hôpital Necker - Enfants malades
Histoire récente de l'échographie fœtale, du diagnostic à l'esthétique

14h00
Jérôme Janicki, Arras, Cité-Nature
Histoire de l'affaire de la thalidomide

Patrick Barbet, Paris, CHU, Cochin-Port-Royal
Une approche historique de l'étude des stades du développement de l'embryon humain

16h00
Stéphane Schmitt, Paris, CNRS
La modélisation en embryologie, histoire et actualité

Jean-François Ternay, Paris, Université Paris-Orsay
Les représentations de l'embryon et du fœtus humain dans des contextes de communication, détournements et appropriations

18h30
Dr. Manuèle Adé-Damilano
, Université de Fribourg
Embryology Online : présentation du cours du Swiss Virtual Campus
http://www.unifr.ch/histologie/Embryoweb/PagesEntree/Entry.html

Jean-François Ternay, Cédric Crémière, Paris
Projection de film. Ethnologie et muséologie
Naissance chez les Pygmées: l'accouchement de Bonéné, film d'Alain Epelboin
Avec la participation de Stéphane Pouyllau (webmaster CNRS)

 

3. Résumés

 

Cathie Spieser, Université de Fribourg

L'embryon en Egypte ancienne : aspects religieux, cultuels et médicaux

 Les sources religieuses révèlent que dès l'Ancien Empire un parallélisme est établi entre le milieu fœtal et l'œuf. Les textes funéraires font notamment du dieu solaire un embryon auquel le défunt cherche à s'identifier pour s'assurer une renaissance dans l'au-delà. C'est Ihy, le fils d'Hathor, dont la semence coule entre les cuisses de la déesse et qui fait ainsi irruption dans son corps sous forme d'embryon en « s'étant écoulé dans son blanc, glissé sur son jaune ». Les allusions à l'œuf pour désigner le milieu clos de la gestation demeureront couramment employées jusqu'à l'époque tardive. Cet œuf est également le tas de terre ovale que Khnoum s'apprête à façonner.
Dans les sources cultuelles et religieuses, l'embryon et le stade embryonnaire jouent un rôle important. Le Pap. Salt 825 décrit un rituel lié à la renaissance qui utilise une statue représentant un dieu à l'état embryonnaire. Celui-ci faisait l'objet d'enveloppements successifs, dont une peau de bélier faisant office d'enveloppe placentaire, puis il était placé dans un vase entouré de « fourrés de papyrus » tenant lieu de milieu matriciel. Un symbolisme parallèle se retrouve dans l'ancien concept de l' Imiout, l'outre régénératrice emblématique d'Anubis. La matrice humaine était elle-même incarnée par une déesse dont l'emblème était un vase censé abriter l'embryon de tous les êtres humains en formation.
Les sources magico-médicales décrivent la formation de l'embryon. Le Papyrus Jumilhac (3 e siècle av. JC), mais aussi des inscriptions provenant de Temples d'époque tardive indiquent que l'embryon se formait à partir de la semence masculine provenant des os et ne recevait de la femme que les parties molles, la chair et les liquides vitaux. Egalement divinisé, le placenta expulsé après la naissance de l'enfant, est à la base de concepts religieux liés au culte royal. Il figure aussi parmi les produits utilisés dans la pharmacologie égyptienne.

email: cathie.spieser (at) bluewin.ch

 

Jérôme Wilgaux, Université de Rennes

De la nature de l'embryon: procréation et parenté en Grèce ancienne

Dans la culture grecque antique, de même que dans les cultures occidentales contemporaines, les relations de parenté sont considérées comme avant tout fondées sur la reconnaissance de liens biologiques, le partage de substances corporelles. Comme l'ont plus particulièrement montré les travaux de l'anthropologue David Schneider, dans une telle conception de la parenté, l'union sexuelle et la procréation sont centrales, puisque c'est le moment où l'amour conjugal se concrétise par la naissance d'un enfant, issu des substances biogénétiques de ses deux parents et irrévocablement lié à eux par cette puissante relation qu'est l'amour (un amour naturel, spontané) entre consanguins. Dans cette perspective, l'analyse des représentations grecques de la procréation et de l'embryologie permet d'une part de percevoir comment pouvaient être appréhendées la formation et la transformation des identités personnelles et collectives, et d'autre part de mettre en évidence leurs conséquences dans la structuration et le fonctionnement de la société grecque.

email: j.wilgaux (at) wanadoo.fr

 

Véronique Dasen, Université de Fribourg

La protection de l'embryon : Pratiques et rites magiques

De nombreuses gemmes magiques se rapportent à la protection de l'enfant à naître, souvent symbolisé par l'enfant solaire Horus-Harpocrate ou par le scarabée sacré Khepri. Différents génies et divinités protègent la matrice, patronnent la formation de l'embryon et garantissent une heureuse délivrance (Khnoum, Bes, Isis, Chnoubis...). Des inscriptions précisent parfois la destination médicale ou protectrice de l'objet. L'iconographie syncrétiste de ces intailles, mêlant éléments égyptiens, grecs, juifs et proche-orientaux, se combine au symbolisme des matériaux (hématite, cornaline...) pour créer de puissants talismans.

email: v.dasen (at) bluewin.ch

 

Sandrine Ducaté-Paarmann, Université de Fribourg

Voyage à l'intérieur du corps féminin: les représentations d'utérus en Etrurie et en Grèce ancienne

L'une des particularités des offrandes anatomiques étrusco-romaines produites entre le IVe et la fin du IIe s. av. J.-C. tient à la représentation des organes internes du corps humain. Alors que dans le monde grec, les ex-voto anatomiques figurent des pieds, des mains, des oreilles ou encore des yeux, les terres cuites d'Italie centrale montrent aussi les viscères, que ce soit sous la forme de “plaquettes polyviscérales” ou de “mannequins anatomiques” dont l'abdomen ouvert laisse entrevoir les organes. Au sein de ce répertoire, l'image de l'utérus occupe une place particulièrement importante. A une époque où les connaissances médicales de l'anatomie interne étaient encore très limitées, la richesse iconographique des nombreux types d'utérus répertoriés jusqu'à présent rend compte de l'imaginaire des Etrusco-romains pour représenter la matrice, siège du développement du foetus. Qu'elles aient une forme de vase renversé ou d'un animal fantastique, ces petites offrandes, témoins de la piété populaire, traduisent à leur manière le soucis des Anciens pour la reproduction et la protection de la vie intra-utérine.

email: sandrine.ducate-paarmann (at) unifr.ch

 

Brigitte Maire, Université de Lausanne

Aspects de la vie intra-utérine

La médecine antique accorda une place de choix à la gynécologie et les
médecins anciens s¹intéressèrent beaucoup à la matrice, l¹organe féminin par
excellence (anatomie, affections et traitements spécifiques). Ils en
proposèrent, selon les auteurs, des descriptions plus ou moins détaillées
qui avaient une double visée. Tout d¹abord celle de développer un savoir
physiologico-anatomique du corps de la femme, ensuite celle de disposer des
éléments nécessaires à la compréhension et à l¹explication des spécificités
de la vie intra-utérine et du mystère des premiers instants de la vie.

 

Vincent Barras, Institut universitaire romand d'histoire de la médecine et de la santé. Universités de Genève et Lausanne (jusqu'au 31 octobre 2004), Institut universitaire d'histoire de la médecine et de la santé publique, Université de Lausanne (à partir du 1er novemvre 2004)

L'embryologie galénienne


L'embryologie galénienne a fait l'objet d'appréciations très diversifiées dans l'historiographie de la biologie : il s'agirait, au total, d'une synthèse plus ou moins réussie (ou acrobatique) des théories hippocratiques et aristotéliciennes en matière d¹embryologie. Or, plus qu'une pierre nouvelle à cette histoire déjà étudiée, nous voudrions nous interroger ici sur ce que signifie l'écriture de l'embryologie pour Galien. Car l'un des problèmes auxquels se heurte tout historien de l'embryologie est l'éparpillement extrême dont cette matière fait l'objet chez le médecin grec. La question de l'embryologie constitue certes pour Galien l'une des pierres de touche les plus importantes de son épistémologie, voire de sa réflexion philosophique (par là, il s'inscrit d'ailleurs dans une tradition de l'histoire de la biologie). On n'est donc pas étonné de voir l'embryon et son statut (biologique, médical, social, éthique) abordés, sous une forme plus ou moins détaillée, et en tous les cas très variée ­ quelques lignes, plusieurs chapitres, ouvrage entier ­, dans une multitude d'ouvrages, qui s'étalent tout au long de la carrière du médecin grec, depuis le précoce De uteri dissectione en passant par quelques ouvrages majeurs de philosophie médicale comme le De usu partium , jusqu'aux derniers écrits, datant d'après 193, soit après la rédaction de ses ouvrages auto-bibliographiques De ordine librorum suorum et De libris propriis. Dans toute cette constellation, le De foetuum formatione, qui fait partie de cette dernière catégorie, se distingue dans la mesure où, dans son titre même, ainsi que dans son contenu, il constitue un traité " complet " d¹embryologie : un discours entièrement dédié à la question de la formation des embryons. Nous nous proposons d'analyser d'un peu plus près ce dernier traité, sorte de condensé galénien en la matière, et à ce titre l'une des références embryologiques majeures de l'antiquité gréco-latine à nos yeux (parce que rare), référence majeure aussi de la pensée embryologique ultérieure.

 

Helen King, Reading University/ Cathy McClive, Warwick University

When is a fœtus not a fœtus? Diagnosing False Conceptions in Hippocratic texts and Early Modern France.

 Much attention has been paid in recent historiography to the subject of the human embryo and perceptions of the unborn in early modern European medicine. Much less attention has been paid, however, to the phenomenon of molar pregnancy and false conceptions which captured the imagination of midwives, physicians, surgeons and laymen and women alike in early modern France . Oscillating between reactions to moles as monstrous or prodigious and scientific curiosity, accoucheurs and sages-femmes carefully detailed the symptoms of molar, rather than foetal pregnancy, describing the sensation of carrying a mole rather than an embryo, listed recipes and remedies to provoke the abortion of such unwanted masses and warned of the possible dangers to future health. They also made strong connections between molar pregnancies and fertile potential in general.
The incidence of moles and false conceptions will be explored in the wider context of anxieties regarding generation and the production of healthy progeny to preserve family stability and lineage, and also the explosion of interest in wonders and monsters from the sixteenth century onwards. This paper will explore visual and verbal images of moles and other false conceptions, which played upon the early modern medical imagination, paying particular attention to the language and vocabulary used to depict the hidden contents of the female belly. The paper will examine a wide range of medical texts, printed and manuscript, produced by diverse medical practitioners alongside women's own accounts of pregnancy and their perceptions of the unborn.

email: CathyMcClive (at) free.fr

 

Elisabeth Yota, Université de Fribourg

La représentation de l'embryon dans l'art byzantin

Dans l'iconographie byzantine, la représentation de l'embryon fut extrêmement rare et utilisée uniquement dans les scènes de l'Annonciation et de la Visitation dans lesquelles le Christ Enfant et Jean-Baptiste figurent dans le ventre de leurs mères. Dans la scène de la Visitation, il est impressionnant de remarquer que Jean-Baptiste, encore embryon, est représenté en prosternation, signe de respect envers le Christ. Cet élément iconographique apparaît assez tard dans l'art byzantin (XIIIe-XIVe siècle) et les quelques rares exemples conservés nous permettent difficilement de comprendre la source d'inspiration initiale. Une étude des textes patristiques ainsi que des modèles occidentaux fut nécessaire pour définir avec précision les conditions de la création de cette iconographie.

email: Elisabeth.yota (at) unifr.ch

 

Monica Green, Arizona State University

Dancing babies and literate midwives. Fetus-in-utero images in the Middle Ages

Among the most famous medical illustrations from the Middle Ages are the fetus-in-utero images that came out of the Gynecology of Muscio, a Latin gynecological and obstetrical text composed in the fifth or sixth century. These images circulated widely up until the early sixteenth century, when they were incorporated into Eucharius Rösslin's famous midwifery handbook, The Rosegarden for Pregnant Women and Midwives . The images have often been criticized for their lack of anatomical realism, yet that was never their purpose. Rather, they were meant to inform the midwife of the position that the fetus might take in the uterus, helping her to visualize how she needed to intervene in a malpresentation. The images also tell us something else about the practice of obstetrics during the High and later Middle Ages, for they became a tool not to educate midwives, but surgeons who were slowly adding obstetrical interventions to their technical repertoire. In the Renaissance, the images began to compete with the more realistic images of fetal development to be found in anatomical textbooks. This talk will examine the history of the Muscian illustrations throughout their long medieval life, focusing not simply on their evolution as artistic images but also their function in educating practitioners how to handle the most dangerous of obstetrical cases.

email: Monica.Green (at) asu.edu

 

Marie-France Morel, Paris CNRS

Embryons glorieux et embryons immatures : iconographies contrastées des grossesses sacrées et du limbe des enfants (XIIIe-XVIe siècles)

Au Moyen Age occidental, en dehors des traités médicaux, les représentations figurées de l'embryon présentent principalement deux types d'iconographie : les grossesses sacrées (de Marie ou d'Elisabeth), dans lesquelles les petits Jésus ou Jean-Baptiste sont figurés, soit à la conception, soit dans le ventre de leurs mères au moment de la Visitation. Les autres représentations concernent les petits morts in utero ou morts-nés qui n'ont pu être baptisés et que la théologie envoie pour un séjour éternel dans le limbe des enfants..
Quelles sont les conditions de l'émergence de ces deux types de représentations? Que signifie le contraste entre les embryons de gloire et les petits morts souffrants du limbe ? Pourquoi ces iconographies ont-elles été censurées par l'Eglise à partir du XVIe siècle ?

email: marie-france.morel (at) wanadoo.fr

 

Caroline Schuster Cordone, Université de Fribourg

Vieillesse féconde. Images de la maternité tardive au Moyen Age et à la Renaissance

Malgré l'apparente opposition des termes « vieillesse » et « fécondité », de nombreuses légendes populaires, transmises par les traditions picturale et littéraire, témoignent de ce rapprochement inattendu.
De la grossesse biblique inespérée à l'image grotesque de la vieille paysanne enceinte, en passant par la représentation de la vieillarde allaitant un enfant, les discours picturaux du Moyen Age et de la Renaissance nous offrent des exemples de cette juxtaposition étonnante.
La maternité tardive y apparaît dans toute son ambiguïté sociale et biologique, telle une profanation de l'ordre naturel. Comme le signale Jacques Gélis : «  Dans la vie d'une femme, il est un temps pour concevoir un enfant : trop tard – ou trop tôt – est signe de licence, voire de dévergondage  » (L'arbre et le fruit, Paris 1984).
En effet, le vieux corps enceint ou allaitant est le lieu d'une transgression : habituellement considéré comme un puissant symbole de décrépitude et de mort, il devient soudain le lieu d'un miracle de vie qui interpelle, suscitant incrédulité et méfiance.

email: SchusterC (at) fr.ch

 

Anita Petrovski, Université de Fribourg

Le portrait extra-utérin: Consuelo Vanderbilt, Duchesse de Marlborough, et son fils Lord Ivor Spencer-Churchill (1906) par Giovanni Boldini

En 1906, le peintre Giovanni Boldini (1842-1931) accueille dans son atelier parisien un modèle illustre, la duchesse de Marlborough née Consuelo Vanderbilt (1877-1964).  Après une première représentation en buste très ressemblante, on décide de renouveler aussitôt l'expérience et de réaliser un portrait monumental dans lequel la jeune femme pose avec son fils, le gracieux lord Ivor âgé de huit ans.
Dès son achèvement, le tableau est remarqué sur la scène artistique internationale pour sa modernité et la facture virtuose. Cependant, la mise en scène ne manque pas de surprendre et susciter un questionnement en raison de la pose des figures. Défiant les conventions, l'enfant se love contre la duchesse; il contorsionne ses mains sur les genoux maternels, enfouit son visage dans l'élégant décolleté, cherche à se glisser tout contre son ventre. L'image peut être qualifiée de freudienne: elle évoque la tendre inclinaison d'un petit garçon envers sa maman trop désirable. Elle suggère aussi une esthétique de portrait extra-utérin.

email: anita.petrovski (at) bluewin.ch

 

Véronique Mauron, Université de Lausanne

Génétique de l'image : le souffle comme principe d'animation

 La question de la création est au centre de l'histoire de l'art. De tous temps on s'est demandé comment naissaient les images et quel lien elles entretenaient avec le réel, l'invisible, le sacré. Les images sont tantôt définies comme achéropoïètes (non faites de mains d'hommes) ou artificalia (des artefacts créés par l'homme). Il y a aussi les images naturalia , créées par la nature et les images mentales produites par notre imagination.
Dans le cadre de cette problématique de l'image vive, je développerai un sujet précis concernant un des principes essentiels de l'animation : le souffle. Le souffle, c'est le signe de la vie. L'enfant est né lorsqu'il a respiré. Au terme de la vie, le dernier souffle atteste de la mort, même si d'autres phénomènes interviennent à notre époque pour certifier la mort définitive du corps. Le souffle se situe donc à l'origine et à la fin de notre parcours terrestre et tout au long de notre existence il désigne la vitalité. Le corpus d'œuvres évoquera les chevelures agitées et les draperies en mouvement des nymphes de Botticelli, le vent qui balaie les peintures de nuages de Turner, les volutes de fumée des chronophotographies d'Etienne-Jules Marey, le souffle contenu virtuellement dans les sculptures en argile de l'artiste contemporain Giuseppe Penone, entre autres. Dans l'image, le souffle demeure souvent invisible en tant que tel mais il agit sur l'animation de l'image, son mouvement, son “bougé”, sa palpitation, sa vie même.

email: mlayaz (at) freesurf.ch

 

Nick Hopwood, University of Cambridge

Model embryologist and embryo: Carl Seffner's marble portrait of Wilhelm His

Around 1900 the portraitist Carl Seffner sculpted a marble bust of the Basel anatomist Wilhelm His holding a wax model of a human embryo. This remarkable double portrait invites reflection on model embryologist, model embryo and the relations between them. In Leipzig during the 1880s His had made modelling the major technique for transforming specimens received from aborting and miscarrying women into the ever more official portraits of the unborn. His's family, colleagues and students, notably at the twentieth century's central human embryological institution, the Carnegie Department of Embryology in Baltimore , used Seffner's bust to commemorate the founder of modern human embryology. The talk will suggest that we can understand portraiture as linking His's embryological work with the commemorative practices that formed his familial and professional identities.

email: ndh12 (at) cam.ac.uk

 

Armand Leroi, Imperial College, London

« Mutants »: The uses of monster

The sequencing of the human genome in 2001 revealed that our genomes contain some 30,000 genes. They contain the information that enables a single cell to develop into an embryo, a foetus, a child and finally an adult. But how do we extract meaning from the genome? If the genome is a construction manual for the body, then it is one written in a language we do not understand.  In principle, the answer is clear: to translate the genome we need to do experiments of the sort that geneticists routinely carry out on animals ­ worms, flies and mice. But such experiments are ethically unacceptable in humans.  In the Novum Organum of 1620, Franics Bacon suggested one solution. When we cannot do experiments, he said, we must make collections of monsters, novelties, rarities and abnormalities. They are, as it were, cracks in the natural world that reveal its laws. It was in this spirit that Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844) commenced the classification and analysis of monstrous infants.
But it is only in the last decade that the causes of the 10,000 or so known inherited disorders have begun to be understood. At the time of writing (14.10.04), causal mutations in 1429 genes that cause some abnormality in the human body or mind have been identified. Each disorder reverse-engineers a portion of the genome and sheds light on the complex programme that makes our bodies. Bacon, however, saw beyond this. He did not merely want to know the laws of nature for their own sake.  He wanted to know them so that we could reconstruct the world as we wish.

 

Odile Pelet, Université de Lausanne

Embryon humain : numéro de code 3270

Alors que l'essentiel du discours actuel est tourné sur la protection de l'embryon dans le domaine de la recherche, notamment en lien avec les cellules souches embryonnaires, le statut de l'embryon reste quasiment tabou en droit. L'enfant mort-né peut être inscrit au registre de l'état civil, pour autant qu'il aurait été viable, mais il n'est pas reconnu comme une personne. Dans les faits, il est identifié comme un déchet spécial selon l'annexe 2 de l'Ordonnance du 12 novembre 1986 sur les mouvements des déchets spéciaux (ODS). Le numéro de code 3270 correspond en fait aux déchets d'hôpitaux et de laboratoires médicaux (notamment les déchets infectieux). Leur élimination doit ainsi respecter des normes de sécurité visant à prévenir les risques de contamination...

 

Jean-Louis Fischer, Paris, Centre Alexandre Koyré, CNRS

Le choix du sexe, les choix d'une histoire

Avoir la possibilité de choisir le sexe de son futur enfant n'est pas une préoccupation contemporaine visant à satisfaire le désir de quelques couples. Si aujourd'hui les technologies de la bio-médecine permettent une réussite certaine de ce choix dans le cadre d'un DPI (diagnostic –pré-implantatoire), la restriction de cette pratique (dans certains pays), aux cas de risques de transmission d'une pathologie génétique liée au sexe, conduit des femmes (primipares) à consulter des praticiens proposant une possibilité du choix du sexe par la méthode du régime alimentaire. Or cette méthode du choix du sexe, par le régime alimentaire, est proposée (avec des régimes différents) depuis le corpus hippocratique. La méthode des régimes dans le choix du sexe ne donne pas de meilleurs résultats aujourd'hui à ceux qu'elle devait donner à l'époque de l'Ecole de Cos ; mais ils répondent à des constructions théoriques visant à expliquer l'origine et la formation des sexes ou la physiologie de la fécondation. Pour choisir la naissance d'un garçon ou d'une fille, la méthode des régimes ne fut, dans l'histoire, qu'une méthode parmi d'autres. Parmi ces autres méthodes nous rencontrons la position de la femme pendant l'acte sexuel, l'influence des phases lunaires, le degré de maturation de l'ovule… Un auteur du 19 e siècle en dénombrait plusieurs centaines !
Ce choix avait des conséquences sociales chez l'homme et économiques pour les éleveurs qui ont particulièrement œuvré à la théorisation du sexe. Aussi l'historien des sciences de la vie et de la bio-médecine trouve-t-il un intérêt dans l'étude de ces méthodes qui reflètent aux différentes époques les interrogations d'une science, d'une médecine et d'une société concernant les naissances de filles et de garçons. Parmi ce fourmillement théorique du choix du sexe, l'historien fera des choix historiques ponctuant les progrès des idées et connaissances sur la détermination et la différenciation du sexe s'ouvrant sur les propositions de choisir « à volonté » la naissance d'un garçon ou d'une fille.

email: jlfischer (at) wanadoo.fr

 

Jean-Paul Galibert, Paris, Education nationale

Le jeu des temps embryonnaires

 Un embryon, est-ce un temps qui naît ?
- Mais en quel temps, paradoxalement pluriel, situer une telle naissance de temps ?
- Pourquoi les courbes caractéristiques d'une telle genèse (nombre de cellules, poids) débutent-elles par une croissance quasiment verticale, comme indépendante des échelles (temps de l'individu, de l'espèce, de l'univers) ?
- L'embryon nous impose-t-il de décompter les temps, ou nous permet-il de saisir le temps comme le jeu du nombre même des temps ?

 

Patrick Triadou, Paris, Santé Publique, Hôpital Necker - Enfants malades

Histoire récente de l'échographie fœtale, du diagnostic à l'esthétique

Une enquête basée sur un questionnaire validé par un groupe d'expert a été réalisée auprès de femmes enceintes et de professionnels, obstétriciens, échographistes, psychologues et sages femmes. Nous présentons ici les résultats préliminaires de cette enquête permettant de retracer les lignes directrices de l'histoire de la toute jeune médecine fœtale.
La plupart des femmes ont bénéficié des trois échographies habituellement pratiquées aux 12 ème , 22 ème et 32 ème semaine de gestation et certaines de beaucoup plus. L'échographie représente un moyen technique révolutionnaire qui, à partir des années 70, a permis de donner accès à l'embryon et au fœtus. Cette avancée technique a conduit à l'émergence d'une nouvelle catégorie de professionnels, les échographistes fœtaux ayant pour formation disciplinaire initiale le plus souvent l'obstétrique, mais aussi parfois la radiologie. La seconde conséquence a été le progrès technique de l'imagerie qui a quitté la deuxième dimension avec ses coupes planes pour gagner la troisième dimension donnant accès à la forme et à l'univers des ressemblances avant qu'apparaissent sur le marché la quatrième dimension qui se rapproche du cinéma. Cette aventure a créé la médecine fœtale. Le fœtus observé a livré les mystères de son développement encadré de plusieurs mensurations s'inscrivant sur des courbes de croissance et a aussi révélé la genèse d'un certains nombre d'anomalies dont il devenu possible de faire le diagnostic et pour lesquels des dispositions précoces de prises en charge ont pu être organisées. Cette toute nouvelle médecine fœtale a sa propre sémiologie. Mis à part les nouvelles collaborations médicales qu'elle a suscitées, la médecine fœtale a confronté les médecins à l'intégration sociale d'un être qui d'ordinaire n'existait réellement qu'après la naissance. La mission des échographistes allie celle du médecin à la recherche d'anomalies et celle de l'intermédiaire faisant découvrir à la femme sinon au couple celui ou celle qui demain sera leur enfant.
La rencontre est délicate à plus d'un point de vue. Elle est celle de l'image et de l'imaginaire. Si tous les mots prononcés par le médecin photographe comptent et peuvent être interprétés par les mères, l'échographie est pour la plupart d'entre elles un moyen de connaissance et de contact avec leur futur enfant. En abolissant le mystère de la grossesse et en lui donnant forme, l'échographie a créé un nouvel être qui est photographié et dont les photographies circulent dans le milieu familial et amical voire professionnel. C'est bien souvent le moment de la prise de conscience de la grossesse pour la femme et du début de l'investissement du père. L'écoute des bruits du cœur conserve son pouvoir émotif, mais c'est l'image qui tient le devant de la scène. Cette attention a largement dépassé le strict cadre médical pour gagner celui de l'esthétique avec un projet de création d'un laboratoire de photographie consacré au fœtus et à sa famille. Cette tendance est à rapprocher de l'investissement des artisans de la mode dans le corps de la femme enceinte pour lequel il propose de nouvelles lignes de vêtements.
La rencontre entre la science et l'esthétique devient délicate quand arrive l'erreur diagnostique qui laisse venir au monde un enfant malformé. Rassurante et prédictive l'échographie doit n'autoriser à naître que l'enfant parfait, sinon la justice est invitée. L'évolution de la relation sociale qui unit médecin et patients n'épargne pas l'être en devenir, avec les conséquences connues en termes de primes d'assurance et de désertion de la profession.
L'histoire récente de l'échographie et de la médecine fœtale, qui a une trentaine d'année, illustre l'évolution de la relation médecin /patient dans le cadre d'une médecine dont la « scientifisation » s'est accompagnée d'une attente croissante d'excellence et de performance, source de perte de confiance. Si le mystère a quitté le champ de la grossesse avec la technique, celle-ci a ouvert la porte à une nouvelle esthétique centrée sur le sujet en développement.

 

Jérôme Janicki, Arras, Cité-Nature

Histoire de l'affaire de la thalidomide

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la concurrence fait rage entre les industries pharmaceutiques pour proposer aux "déprimés" de toutes sortes des tranquillisants. En Allemagne, la Chemie Grünenthal de Stolberg, mit en vente à son tour, un sédatif après avoir effectué les analyses préconisées dans les années 50. Le succès de ce nouveau produit, la thalidomide (Contergan, Distaval), fut immédiat. En parallèle, les pays dépositaires de cet"inoffensif" calmant, virent une recrudescence incompréhensible de naissances anormales (enfants difformes). Inquiets, des pédiatres enqêtèrent et découvrirent que la prise de thalidomide en début de grossesse perturbait le développement normal de l'embryon et que la molécule "chirale" avait un effet sédatif et tératogène. Cette tragédie rappelle à quel point les risques de malformations sont importants lors de la prise incontôlée de médicament pendant l'embryogénèse. Cette communication mettra en lumière les difficultés du dénombrement des victimes et examinera quelles furent les réactions des institutions de l'époque.

email: jerome_janicki (at) yahoo.fr

 

Irmi Rey-Stocker, Université de Fribourg

L'expérimentation sur les cellules-souches vue par la médecine et par les trois religions monothéistes: Judaisme, Christianisme et Islam

Les cellules souches sont issues d'un embryon, d'un fœtus ou d'un adulte. Elles ont la capacité de se multiplier et de se développer en cellules de tissus différents. Chez l'animal - et partiellement chez l'être humain - elles sont capables de restaurer, voire de remplacer des cellules détruites par une maladie ou par un traumatisme. Leur potentiel de guérison de certaines maladies graves, incurables jusqu'à maintenant, est immense.
La recherche sur les cellules souches de l'adulte n'est pas contestée, mais celles-ci sont difficiles à cultiver et le potentiel de développement en cellules de tissus différents semble encore être restreint. L'opinion publique est par contre très divisée en ce qui concerne la recherche sur les cellules souches issues de l'embryon ou du fœtus humains: sur les premières, parce qu'elles ne peuvent être obtenues sans détruire le blastocyste dont elles proviennent; et sur les deuxièmes pour autant qu'elles soient liées à une interruption de grossesse. Les divergences observées sont inconciliables.
Quel est donc cet embryon qui, avant même son implantation dans la matrice, avive les émotions et déclenche des discussions si violentes ?
Serait-ce une assemblée de cellules porteuses d'un projet de croissance, d'un génome et d'un sexe, mais - tant qu'elle n'aura pas été implantée dans la matrice nourricière - rien de plus qu'une « personne en devenir » ? Ou serait-ce plutôt une personne à part entière dès le premier instant de sa conception et jouissant du même droit de vivre que tout autre être humain ? S'agit-il donc de sauver l'embryon ou de l'utiliser à des fins de recherche pour sauver un jour les innombrables êtres humains atteints de maladies gravissimes ?
En cherchant la réponse auprès des trois grandes religions monothéistes, Judaïsme, Christianisme et Islam, on retrouve le principe immuable que la vie est sacrée. Ces religions se distinguent cependant sur leur compréhension du stade du développement embryonnaire correspondant au commencement de la vie et défendent en conséquence des enseignements différents sur l'emploi des cellules souches embryonnaires.

 

Stéphane Schmitt, Paris, CNRS

La modélisation en embryologie, histoire et actualité

 Pour des raisons évidentes, les connaissances relatives à l'embryon humain se sont toujours appuyées sur des observations réalisées sur des animaux. Ainsi, la naissance de l'embryologie scientifique, au début du 19 e siècle, n'a pu avoir lieu que grâce aux travaux entrepris par plusieurs savants, allemands en particulier, sur le développement de l'œuf de poule. C'est par exemple en étudiant ce modèle que Pander énonça en 1817 la théorie des feuillets germinaux, qui forme encore aujourd'hui la base des conceptions sur la formation des embryons. Nous reviendront ici sur la manière dont cette étude des modèles animaux a fait évoluer les conceptions sur l'embryon humain et ses représentations.

email: sschmitt (at) ens.fr

 

Jean-François Ternay, Paris, Université Paris-Orsay

Les représentations de l'embryon et du fœtus humain dans des contextes de communication, détournements et appropriations

L'embryon et le fœtus humain sont présentés globalement de deux manières :
In utero : ce sont les radiographies, les échographies et autres « graphies » issues des endoscopes et divers « imageurs » médicaux.
Ex situ : ce sont par exemple les pièces anatomiques des cabinets de curiosités, le matériel tératologique, les embryons issus d'avortements observés avec différentes techniques microscopiques ou la simple photographie du fœtus.
Ces présentations, dès lors qu'elles deviennent des vecteurs de communication , sont re-présentées sous la forme d'images : photographie d'un « Sirénien » dans son bocal d'alcool, dessin de l'embryon dans un manuel scolaire, petit film d'une échographie 4D dans un festival de films scientifiques.
L'image possède toujours cette faculté d'être à la fois un objet d'étude, d'investigation pour le médecin, le chercheur, l'historien des sciences… mais aussi un outil de communication . Les images se montrent, s'échangent ; elles sont adaptées, appropriées à l'usage que l'on veut en faire et cela bien au-delà des contextes mêmes qui ont vu leur élaboration : au-delà du contexte médical et scientifique, au-delà même de l'usage pédagogique (manuel scolaire, éducation sexuelle, encyclopédie médicale).
L'art, la famille, les groupes de pressions s'emparent des images de l'embryon et du fœtus dont les statuts sont en pleine mutation.
- Une famille s'approprie l'échographie anténatale et le dessin d'un fœtus, issu d'un manuel scolaire, est présenté comme l'enfant à naître.
- Les luttes anti-tabac, anti-avortement, anti-nucléaire s'emparent de ces représentations et l'anencéphale conservé dans son bocal du 18e siècle devient symbole de pollution nucléaire.
- Le cinéma s'approprie ce même bocal pour y enfermer l'allien d'une œuvre de science fiction.
Ces appropriations et ces détournements sont les traces des modifications actuelles du statut de l'embryon et du fœtus humain ; glissement existentiel (le bébé est une personne), biomédical (le bébé est un patient), juridique (le fœtus a des droits), philosophique et éthique (le fœtus a droit au respect).
Ce sont les traces de ces profondes mutations qui ont fait l'objet de nos investigations. Elles sont inscrites dans la transformation et la circulation des images de l'embryon et du fœtus humain.

 

Dr. Manuèle Ade-Damilano, Université de Fribourg

Embryology Online : présentation du cours du Swiss Virtual Campus
http://www.unifr.ch/histologie/Embryoweb/PagesEntree/Entry.html

Institutes at three Swiss universities, one in each of the German- (Bern) and French- (Lausanne) speaking regions and the other in a boundary zone between the two cultures (Fribourg), will cooperate to produce a 52-hour web-based course in human embryology for medical students at the preclinical stage of their education (1st and 2nd years). This web-based training (WBT) for an estimated eight hundred to nine hundred students will improve the interaction between individuals and their teachers. WBT lends itself admirably to the teaching of embryology - which forms an important part of a medical doctor's education - in that it permits the display of movement and tridimensionality, both of which are necessary to understand the process of development.
The concept of active learning embraces the view that learning is more effective when students become actively engaged in the subject matter and take more responsibility in the learning process. We wish to achieve this goal by incorporating a variety of activities, including questions, case-studies and/or discussions panels. A systematic and practice approach will be adopted in the construction of each module. The student will be first presented with information, concepts and techniques, and at the end of each module will be tested on what has been taught. The student's individual needs and weaknesses will be assessed and satisfied by online feedback.

 

4. Formulaire d'inscription
Pour s'inscrire, cliquez ici.

 

5. Organisation et Contact

 

Organisation:
Véronique Dasen, Université de Fribourg
Jean-Louis Fischer, CNRS, Paris (coordinateur principal de l'ACI "Les représentations de l'embryon humain")

Contact:
Véronique Dasen
Université de Fribourg
Séminaire d’Histoire ancienne/d'Archéologie classique
16, rue Pierre-Aeby
CH - 1700 Fribourg
Tél.: 00 41 26 300 78 34
Fax : 00 41 26 300 97 14
E-mail : veronique.dasen (at) unifr.ch

Jean-Louis Fischer
CNRS (ACI Les représentations de l'embryon humain)
Centre Alexandre Koyré
57, rue Cuvier
F - 75005 Paris
Tél.: 00 33 (0)1 433 670 69
Email: jlfischer (at) wanadoo.fr


Mise à jour : 21.11.2007 cd