[I] I A UN AMILa numérotation en chiffres romains des textes liminaires est nôtre. Les exemplaires des éditions originales ne comportent aucune indication.

MONSIEUR,

Bien que vous m'ayez fait l'honneur de souhaiter que je ne vous donnasse point d'autre nom que celui d'ami Cet ami destinataire est Louis Irland de Lavau (?-1694), figure importante de l’entourage de Mazarin à la fin des années 1650, en dépit de son jeune âge (voir la note de la p. XI). Lavau effectue plusieurs missions diplomatiques jusqu’à son retour définitif à Paris vers 1662. Entré dans les ordres (abbé de Lavau), il occupera la fonction de Garde des livres du Cabinet du roi à partir de 1671 et, à ce titre, sera élu à l’Académie française en 1679 (voir la notice de l’abbé d’Olivet dans son Histoire de l’institution). Nous remercions François Rey de l’aide précieuse apportée à cette identification., je ne puis néan- II [II] moins me résoudre à satisfaire entièrement à vos désirs et, après avoir mis au-dessus de cette épître une qualité si désavantageuse pour vous et si glorieuse pour moi, je vous demande de me permettre d'avoir soin de ma gloire et de souffrir que, dans le corps de cette épître, je change le nom d'ami en celui de Monsieur, de crainte que ceux qui vous reconnaîtront aux vérités que je dirai de vous ne III [III] m'accusent de trop de témérité. C'en serait en effet une bien grande, et dont je ne me pourrais laver auprès de ceux qui nous connaîtraient l'un et l'autre. On dirait que l'amitié serait trop inégale et, bien que l'âge la pût autoriser, votre esprit et les glorieux et pénibles emplois où vous avez si dignement servi l'État dans plusieurs pays étrangers ne le pourraient permettre, et quiconque saura l'estime que vous IV [IV] vous êtes acquise dans toutes les cours où vous avez passé connaîtra bientôt que je ne dis rien que de véritable.

Tous les Français qui étaient à Francfort lorsque l'Empereur fut éluLe récit biographique que propose d’Olivet dans sa notice indique effectivement la présence d’Irland de Lavau à l’élection de l’Empereur Léopold, le 18 juillet 1658. La mission diplomatique est dirigée par le Maréchal de Grammont et Hugues de Lionne. publient hautement cette vérité qui vous est si glorieuse. Ce fut là, MONSIEUR, où vous commençâtes à donner aux étrangers des marques de votre esprit. Ce fut là où vous vous fîtes admirer de l'élite de tous les princes V [V] d'Allemagne, et ce fut là enfin où vous fîtes voir que la prudence et la jeunesse n'étaient pas incompatibles.

De Francfort vous passâtes à Vienne, où vous gagnâtes l'amitié de plusieurs princes et où vous servîtes avantageusement la France et fîtes des choses dont il ne m'est pas permis de développer le mystère et dont votre modestie et la prudence ne veulent pas que je parle. Je les passerai VI [VI] donc sous silence, pour dire qu'après avoir quitté la cour de l'Empereur et vous y être fait également craindre et admirer, vous fûtes voir Rome, cette capitale du monde chrétien, où les services que vous aviez rendus en Allemagne furent cause que vous reçûtes des ordres du roi d'y demeurer pour les affaires de France. Vous vous y êtes acquis beaucoup d'amis et, après y avoir demeuré trois ans, avec VII [VII] les applaudissements de cette courD’Olivet fait également état de cette mission à Rome, mais lui attribue un résultat nettement moins favorable : “il eut l’occasion d’éprouver que les traverses qu’ont à éprouver ceux qui se mêlent des affaires publiques sont certaines et que leurs récompenses ne le sont pas” (p. 201). qui n'en donne que rarement et qui trouve peu de personnes dignes d'être estimées, vous en partîtes pour retourner en France et passâtes chez la plupart des princes d'Italie, dont vous vous acquîtes et l'estime et l'amitié.

Le feu duc de ModèneFrançois Ier, duc de Modène, frère du cardinal d’Este. Il représente, avec le duc de Savoie, un enjeu important dans la guerre franco-espagnole. Mazarin marie une de ses nièces, Laura Martinozzi, à son fils, Alphonse IV d’Este, pour le rallier aux intérêts français. Il meurt subitement le 14 octobre 1658 (Du Verdier, Abrégé de l’histoire de France, 1666, t. III, p. 541 ; Mémoires du Cardinal d’Este, Cologne, 1677, t. I, p. 38). , à la cour duquel vous demeurâtes quelque temps pour satisfaire un désir du cardinal d'Este, qui souhaitait de vous entretenir, VIII [VIII] ayant eu plus de loisir que les autres princes d'Italie de remarquer toutes les spirituelles et brillantes qualités de votre personne, vous témoigna une estime toute particulière et, comme il passait pour un des plus spirituels princes du monde, son estime pourrait seule suffire pour faire connaître votre mérite. Après avoir quitté la cour de Modène et avoir passé en Savoie, où vous eûtes l'honneur d'entretenir plu- IX [IX] sieurs fois MADAME ROYALEC’est le titre que porte la mère du Duc de Savoie., vous arrivâtes enfin à Paris, dont il y avait cinq ans que vous étiez éloigné, et vous fûtes reçu à la cour avec tous les témoignages d'une estime très particulière. C'est là, MONSIEUR, où vous vous faites regarder présentement avec admiration et où vous faites avouer tous les jours que l'on a peu vu de personnes de votre âge faire les choses que vous faites et être X [X] dans une estime si générale. Bien que vos occupations soient des plus pénibles et des plus sérieuses, et que vous soyez souvent occupé à faire réponse aux princes et aux cardinaux avec qui vous avez contracté amitié et qui vous honorent toutes les semaines de leurs lettres, vous n'en paraissez pas plus embarrassé et vous n'en donnez pas moins de temps à la galanterie, en quoi vous réussissez si par- XI [XI] faitement que tous ceux qui vous connaissent tombent d'accord que vous êtes un des plus galants hommes du monde.

Voilà, MONSIEUR, une partie des belles qualités que vous possédez si avantageusement et une imparfaite peinture de ce que vous avez fait dans un âge où les autres ont encore de la peine à se connaître eux-mêmesL’insistance sur la jeunesse du destinataire amène à penser que l’âge de celui-ci ne doit guère excéder la vingtaine, ce qui en fait un proche contemporain de Donneau de Visé (né en 1638).. Je ne vous en aurais pas parlé, si je n'avais dessein de le faire sa- XII [XII] voir à d'autres qu'à vous, et si je ne savais que votre modestie fait tout ce qu'elle peut pour vous en faire perdre le souvenir.

Après un discours dont elle se tiendra peut-être blessée, souffrez, MONSIEUR, que je vous remercie de ce que vous avez bien voulu que je vous offrisse un présent si peu digne de vous. Ce présent n'est pas de la nature de ceux dont se doit tenir obligé celui qui les reçoit. Le peu de valeur de XIII [XIII] celui-ci fait que je vous suis beaucoup redevable de l'avoir bien voulu accepter, et ce qui redouble l'obligation que je vous aurai éternellement, c'est que vous avez souhaité que je vous l'offrisse comme à un ami. Je vous avoue, Monsieur, que cette glorieuse qualité, que je ne méritais pas, m'a rendu si fier qu'il m'a pris plusieurs fois envie de mettre votre nom dans cette épître, afin de faire con- XIV [XIV] naître le bonheur que j'ai de vous avoir pour ami. Si tout le monde le pouvait savoir, j'en serais beaucoup plus vain et je me persuaderais que cette qualité me devrait faire respecter. C'est pourquoi votre modestie doit appréhender que je ne garde pas toujours un silence qui me coûte tant de gloire. Oui, MONSIEUR, j'espère de le rompre un jour et de mettre votre nom à la tête des belles et avanta- XV [XV] geuses vérités dont je n'ai encore osé parler et que je n'aurais même pu mettre ici, de crainte que l'on ne m'accusât de passer les bornes ordinaires d'une épître.

Cette raison m'oblige de finir et de vous dire, plus tôt que je ne voudrais, que je suis,

MONSIEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur et ami,

D…

PRÉFACE

Je ne sais si c'est à la nécessité ou à la coutume que je donne cette préface, mais je sais bien qu'il y a quantité de personnes qui la donnent à la première, du moins à ce qu'ils veulent faire croire, et qui s'imagineraient que leurs livres ne seraient pas approuvés s'ils n'avaient donné des XVI [XVI] raisons pour les faire estimer et s'ils n'avaient trouvé les moyens de se louer eux-mêmes en faisant le panégyrique de leurs ouvragesEn adoptant une distance ironique à l’égard des pratiques entourant la publication imprimée d’un ouvrage, Donneau de Visé cultive une attitude récemment illustrée par la préface des Précieuses ridicules.. Pour moi, bien que j'aie peu de choses à dire et que je ne veuille point excuser mes fautes, je commence néanmoins à me persuader que, si la préface est une coutume, c'est souvent une coutume nécessaire, et que l'on perd quelquefois des procès, faute de les bien éclaircir.

C'est pourquoi j'ai trouvé à propos de vous dire un XVII [XVII] mot des Succès de l’indiscrétion, qui est la première de ces nouvelles. Si la plupart des FrançaisLa critique amusée des défauts de la nation française est au goût du jour au début des années 1660. ne jugeaient pas d'un livre sur le titre et ne s'imaginaient pas avoir deviné tout ce qu'il contient avant que de l'avoir lu, je n'aurais que faire de dire que cette nouvelle n'a aucun rapport avec les comédies de L'Étourdi que l'on a représentées sur le théâtre royal de l'Hôtel de BourgogneIl s’agit de L’Amant indiscret ou le Maître étourdi de Quinault, dont le texte avait été publié en 1656. et sur celui des comédiens de MonsieurL’Etourdi ou les Contretemps de Molière.. Ces étourdis n'entrepren- XVIII [XVIII] nent aucunes actions qu'ils ne croient très prudentes ; mais mon héros, quoique téméraire, est beaucoup plus éclairé qu'eux : il n'entreprend rien sans savoir le péril où il s'expose, il veut tenter la fortune pour voir si elle lui sera favorable et faire quelque chose d'extraordinaire. Sans le valet de l'étourdi de Molière, qui répare tout ce que son maître fait de mal, ses actions l’empêcheraient de venir à bout de ses desseins ; mais personne ne travaille pour mon héros, XIX [XIX] il n'est secondé que de la fortune. L'étourdi, tout au contraire, ne fait rien que nous ne voyions souvent arriver : mille font tous les jours des fautes, croyant bien faire, qui sont ensuite réparées par d'autres personnes ; mais entreprendre, comme mon indiscret, des choses qu'il sait bien qui le peuvent perdre, pour éprouver ce que peut la fortuneC’est la principale caractéristique du comportement d’indiscrétion, tel que le conçoit et l’exemplifie le héros de la nouvelle., c'est ce que l'on a peu vu jusques ici et ce qui fait voir qu'il n'y a point de rapport entre les comédies XX [XX] de L'Étourdi et mon heureux indiscret.

Mais, pour passer des Succès de l’indiscrétion aux Nouvellistes, c'est-à-dire de l'histoire d'un téméraire à celle de quelques importuns universels, je prie ceux qui liront cette nouvelle de ne rien condamner sans avoir examiné par quel motif j'ai mis les choses qu'ils n'approuveront pas, et si ce n'a point été parce qu'elles étaient du caractère des nouvellistes, qui ont des privilèges que d'autres n'ont pasLes nouvellistes, selon la conception que Donneau de Visé développe dans sa nouvelle, prétendent détenir l’accès à toutes les informations qui circulent et renoncent à effectuer un tri parmi les nouvelles qu’ils répandent., ou par quelques XXI [XXI] raisons que je ne puis ni ne veux expliquer, aimant mieux demeurer exposé à la censure que de découvrir des secrets qui amoindriraient beaucoup les fautes que l'on me pourrait imputer. Comme il y a dans cette nouvelle plusieurs pièces détachées et que je ne doute point qu'il ne s'en rencontre quelques-unes qui ne plairont pas à tout le monde, les personnes à qui elles auront le malheur de déplaire pourront facilement passer par-dessusCette appréhension sélective du contenu d’un volume fait partie des modes de consommation de la littérature que privilégie le public à qui sont destinées Les Nouvelles Nouvelles., ce qu'elles ne fe- XXII [XXII] raient pas toutefois, si elles savaient pourquoi elles y ont trouvé place.

Ceux qui prendront Les Nouvellistes pour une satire ne s'en doivent point fâcher, à moins qu'ils ne veuillent faire voir qu'ils sont du nombre. Pour moi, j'avoue que j'en suis, avec beaucoup d'autres qui ne croient pas en être, mais j'ai cet avantage par-dessus eux que je connais mes défauts et que je tâche à m'en corriger en leur montrant les leurs, et ce sont ces vérités qui XXIII [XXIII] rendront cette satire utile, comme le sont d'ordinaire toutes celles qui sont universelles et qui ne désignent personne en particulier. L'on n'a jamais vu de gens qui s'en soient choqués, et ceux de qui l'on parle ont toujours accoutumé d'en rire les premiers. La plupart ne s'aperçoivent pas que l'on parle à eux, et ceux qui le connaissent croient que d'autres ont servi d'exemple et que ce n'est pas à eux que l'on a songé. Mais, bien qu'ils XXIV [XXIV] soient dans cette pensée, ils ne laissent pas que de connaître leurs défauts et de s'en corriger quelquefois, ce qui, loin de devoir faire condamner les satires, lorsqu'elles sont universelles, les doit faire estimer beaucoupCes dernières lignes reprennent les composantes du discours sur la satire, tel qu’on l’élabore au début des années 1660., du moins à ce que je m'imagine.

Outre les aventures des nouvellistes, leur portraitAllusion au “portrait des nouvellistes”, placé à la fin du t. III. (p. 305sq). Les “aventures des nouvellistes”, quant à elles, renvoient à la “Conversation des nouvellistes” (t. II, p. 222sq), dont le sous-titre est “où l’on voit plusieurs aventures véritables qui leur sont arrivées”. et généralement tout ce qui les concerne et que l'on verra dans la nouvelle dont je vous viens d'entretenir et qui porte leur XXV [XXV] nom pour titre, l'on y trouvera en divers endroits quelques crayons de certains auteurs que la vanité et l'ignorance rendent insupportables, qui ne trouvent rien de bon à leur goût et qui n'approuvent que ce qu'ils fontCette attitude sera celle du personnage de Straton au t. III. Voir, en particulier, les p. 174-184 et 191-194. C’est également Straton qui sera désigné comme l’auteur des propos sur Molière et sur la Sophonisbe, qui occupent une place importante dans ce dernier volume. D’où la précaution que prend Donneau de Visé dans les lignes suivantes. ; et, comme leur coutume est de blâmer tous ceux dont le mérite est reconnu, et que je leur ai fait jouer le même personnage, afin de les dépeindre au naturel et qu'il ne manquât aucun trait à leur tableau, ceux de qui XXVI [XXVI] je les ai fait parler doivent, loin de s'offenser de ce qu'ils ont dit, croire que l’envie et le dépit de ne les pouvoir égaler les a fait parler de la sorte et qu'il est glorieux d'être blâmé de semblables personnes.

Tout ce que je vous puis encore dire, ô critiques lecteurs (car je me persuade qu'il y en a peu qui ne le soient !), c'est qu'encore que vous trouviez à critiquer dans ces nouvelles, vous y trouverez de quoi vous divertir, parce que XXVII [XXVII] tout en est nouveauLe critère de la nouveauté constitue une composante essentielle de l’appréciation des oeuvres littéraires au début des années 1660. et que je n'ai voulu imiter personne, ni traiter des matières usées dont l'on vous aurait déjà peut-être entretenus mille fois.

Comme il y a peu d'ouvrages où il ne se glisse quelques fautes d'impression, je prie le lecteur de distinguer d'avec les miennes celles qui se sont glissées dans celui-ci. J'ai douté quelque temps si je les mettrais à la fin de cette préface, mais comme peu de personnes s'interrompent en lisant pour les y venir chercher, je n'ai pas voulu travailler inutilement.

XXVIII [XXVIII]Table de tout ce qui est contenuCette table dresse une liste exhaustive des quatre nouvelles proposées dans le recueil, ainsi que des diverses pièces mises en évidence par un titre inséré dans le corps du texte. Elle révèle qu’au moment où le tome I est mis sous presse, la disposition des principaux éléments est fermement établie. Elle n’exclut pas pour autant l’éventualité que les deux tomes suivants, peut-être imprimés ultérieurement, aient subi des aménagements permettant d’intégrer des développements d’actualité. Voir, à ce sujet, l’examen approfondi de la genèse du texte. dans les trois parties des Nouvelles Nouvelles.

  • Les Succès de l’indiscrétion ou les Prospérités de l'indiscret, nouvelle.
  • La Prudence funeste, nouvelle.
  • Les Nouvellistes, nouvelle.
  • Le Jaloux par force, nouvelle.

Où sont,

  • L'Indiscret justifié.
  • L'Indiscret condamné.
  • XXIX [XXIX]Une Conversation où l'on voit si les soupçons qui regardent l'honneur d'une femme lui peuvent être désavantageux après avoir été pleinement justifiée.
  • Une Conversation des pointes ou pensées.
  • Un Dialogue de l'éventail et du busc de Caliste.
  • Une Conversation des Nouvellistes, où l'on voit plusieurs aventures véritables qui leur sont arrivées.
  • Les Aventures du Prince Tyanès.
  • Un Discours de la jalousie des femmes.
  • XXX [XXX]Le Bonheur des femmes qui ont des maris jaloux, ou l'Apologie de la jalousie.
  • Un Extrait d'une Lettre écrite du Parnasse touchant les trente-et-un nouveaux règlements qui ont été depuis peu faits dans le conseil d'Apollon et des Muses extraordinairement assemblé.
  • Le Portrait des nouvellistes.
  • Plusieurs élégies, madrigaux et autres ouvrages en vers.

XXXI [XXXI]À L'AUTEUR, SUR SES NOUVELLES.

Ton ouvrage est rempli d’inventions si belles,
Et ton style est si doux, si coulant et si net,
Que qui le gardera dedans son cabinetLe terme est fréquemment utilisé à la rime par les contemporains, en raison de ses consonances avec “net” et “sonnet”.,
N’aura jamais que de bonnes nouvelles.

T.P.

XXXII [XXXII] AU MÊME, Sur Les Succès de l’indiscrétion et La Prudence funeste.

Quand je vois l’indiscret heureux de la façon
Et le prudent faire naufrage,
Ciel ! dis-je, pourquoi cet ouvrage
Ne m’a-t-il pas plus tôt enseigné ma leçon
Dans mon amour pour Celvanie ?
Ma prudence fut infinie,
Et de là vient aussi son triste événement.
Car en effet l’ingrate que j’adore
Me serait favorable encore,
Si je ne l’eusse aimée un peu trop prudemmentC’est précisément ce qui arrive à Démocrate, héros de la nouvelle de “La Prudence funeste”, qui adopte le même comportement inapproprié dans son amour pour Sestiane (t. I, p. 137-147)..
Voilà ce qu’enseigne ton livre.
Ami, le sexe t’en voudra,
Car je suis assuré que tel qui le verra
N’aura plus de prudence à suivre
Et voudra réussir dans son affection
Dorénavant par l’indiscrétion.

T.P.

PRIVILÈGE DU ROIDans tous les exemplaires, ce privilège, non paginé, est placé à la fin du tome I (Première Partie), au verso de la dernière page du texte (p. 319). Pour des raisons de commodité de repérage et de consultation, nous avons choisi de le faire figurer à la suite des textes liminaires, en un lieu où le lecteur est habitué à le trouver. Le texte de ce privilège est en partie tronqué et fautif, ce qui a nécessité plusieurs corrections (voir la liste générale)..

LOUIS PAR LA GRÂCE DE DIEU, ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE, à nos amés et féaux Conseillers, les gens tenant nos Cours de parlement, Prévôt de Paris ou son lieutenant, et à tous autres nos officiers qu’il appartiendra, SALUT.

Notre bien amé Jean D… nous a fait remontrer qu’il a composé Les Succès de l’indiscrétion et Les NouvellistesLe privilège ne porte que sur ces deux nouvelles, dont rien n’indique qu’elles sont destinées à figurer dans un même volume. Ce constat, indicatif de l’état du projet à fin février 1662, accrédite l’hypothèse que le recueil des Nouvelles Nouvelles résulte d’une élaboration progressive et en partie non planifiée., pièces en prose et en versNi Les Nouvellistes, ni Les Succès des l’indiscrétion ne sont des pièces en vers. L’expression, tronquée, désigne-t-elle en fait le contenu des deux nouvelles (les “pièces en prose et en vers” insérées dans le corps du texte) ? Ou vise-t-elle à couvrir, dans la perspective ouverte d’une élaboration en cours, toutes les formes possibles que pourra prendre l’ouvrage protégé par le privilège ? qu’il désirerait faire imprimer et mettre en public, s’il nous plai-\ sait lui vouloir permettre ; et, parce que d’autres personnes pourraient aussi faire imprimer lesdites pièces sans son consentement et par ce moyen le frustrer de son travail et des frais qu’il lui convient faire à son préjudice, il nous a fait supplier lui vouloir sur ce octroyer nos lettres nécessaires.

A CES CAUSES désirant favorablement traiter l’exposant, Nous lui avons permis et permettons, par ces présentes, de les faire imprimer, vendre et distribuer en tels volumes et caractères, par tel imprimeur libraire que bon lui semblera, pendant le temps de sept années ; faisant cependant inhibitions et défenses à tous imprimeurs, libraires et autres personnes que ce soit, de faire imprimer, vendre et distribuer les-\dites pièces, sous prétexte d’augmentationLa formule rituelle, ici tronquée, est en principe “sous prétexte d'augmentation, correction, changement de titre, fausses marques ou autrement, en quelque sorte ou manière que ce soit”. Le cas de figure de l’”augmentation” qu’on veut ici proscrire est celui où le contenu de l’ouvrage protégé ou certaines de ses parties seraient insérés dans un autre volume déjà constitué. , ni même d’en altérer les titres, et se servir en aucune façon de ce qui y est inséréCette clause, qui protège individuellement les nombreuses pièces insérées au sein des nouvelles de l’ouvrage, n’est pas une composante obligatoire des privilèges. La nécessité d’une telle protection révèle l’autonomie de chacune des dites pièces vis-à-vis de l’ensemble des Nouvelles Nouvelles.
D’autres auteurs avaient précédemment obtenu des dispositions approchantes, notamment Gomberville lors de la réédition de Polexandre (1637), ainsi que Cureau de la Chambre dans Les Caractères des passions (1660). (Information fournie par Edwige Keller-Rhabé)
, sans le consentement dudit exposant ou ceux qui auront droit de lui, à peine de quinze cents livres d’amende pour chacune pièce, moitié applicable au Grand Hôpital“L’Hôtel-Dieu, qui est le Grand Hôpital, et qualifié tel depuis si longtemps” (Sauval, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, 1724, t. I, p. 519) et l’autre moitié à son profit ; à la charge de mettre deux exemplaires de chacune desdites œuvres en notre bibliothèque publique“la Bibliothèque publique du roi, où pareillement on doit fournir deux exemplaires des livres imprimés par privilège” (ibid., p. 98)., un autre en celle de notre Louvre“Le Cabinet des livres ou la Bibliothèque de la personne du Roi au Château du Louvre, où l’on est obligé, par lettres patentes du mois d’août 1658, de fournir un exemplaire de tous les livres qui sont imprimés par privilège (L’Etat de la France, Paris, Loyson, 1665, p. 97). et un en celle de notre très cher et féal Chevalier et Commandeur de nos Ordres le sieur SéguierLe dépôt auprès du Chancelier est destiné à vérifier la conformité de l’ouvrage imprimé avec celui qui a été présenté lors de l’audience du sceau., Chancelier de France ; et faute de rapporter entre les mains de notre amé et féal Conseiller en nos Conseils, Grand Audiencier de France, de présent en quartier, un récé-\ pissé de notre bibliothécaire, et du sieur Cramoisy, commis pour notre dit Chancelier à la délivrance actuelle desdits exemplaires, Nous avons dès à présent déclaré lesdites permissions nulles et avons enjoint au syndic des libraires de faire saisir tous les exemplaires qui auront été imprimés sans avoir satisfait aux clauses portées par ces présentes.

SI VOUS MANDONS et ordonnons, à chacun de vous, registrer ces présentes, et de leur contenu jouir et user ledit exposant pleinement et paisiblement ; et au premier notre huissier ou sergent faire pour l’exécution des présentes tous exploits requis et nécessaires, sans demander autre congé ni permission. CAR tel est notre plaisir.


DONNÉ à Paris le dernier jour de février \ mille six cent soixante-deuxOn notera que le livre n’est imprimé qu’en février 1663 (cf l’indication ci-dessous). Ce délai anormalement long entre la demande de privilège et la fabrication matérielle de l’ouvrage laisse supposer que le contenu de celui-ci a été modifié à plusieurs reprises en fonction des derniers développements de l’actualité mondaine et littéraire., et de notre règne le dix-neuvième. Signé, par le Roi en son Conseil, DUMOLEY.


Et ledit Sieur D… a cédé et transporté son droit de privilège aux sieurs BARBIN, RIBOU, BIENFAICT et QUINET, tous marchands libraires, pour en jouir selon l’accord fait entre eux.

Achevé d’imprimer le neuvième février 1663.

Les exemplaires ont été fournis.

Registré sur le livre de la communauté des marchands libraires et imprimeurs de cette ville de Paris.