« Scène du Favori »

La « scène du Favori » est la première des deux scènes « détachées d’une pièce de théâtre » (p. 131), insérées entre les p. 132 et 157 du texte des Nouvelles Nouvelles. Elle précède la « scène de Placidie », avec laquelle elle possède un personnage en commun (le Favori), mais n’entretient pas de continuité immédiate. Rédigée en alexandrins, elle compte parmi les pièces versifiées qui sont offertes au deuxième tome de l’ouvrage.

De même que la « conversation des soupçons », l’ « Elégie de la prisonnière », le « Dialogue de l’éventail et du busc » ou les « Aventures du prince Tyanès », la scène fait l’objet d’une lecture à haute voix par le biais de laquelle elle est proposée aux autres personnages en tant que pièce remarquable. Le texte, dont l’énonciation est partiellement réitérée (p. 142-144), fait ainsi l’objet d’un commentaire qui ressortit aux procédés d’évaluation de la littérature mis en oeuvre dans la nouvelle de Donneau.

La scène met en présence un jeune homme, disposant d’une position avantageuse à la cour, et la princesse qu’il aime, mais qui n’éprouve aucun sentiment pour lui. Rebuté en raison de l’infériorité de sa condition, le soupirant est toutefois réticent à tirer parti du pouvoir que lui confère l’appui du roi, père de la princesse.

La configuration rappelle celle du Stilicon (1661) de Thomas Corneille. Mais, à la différence de son homologue de la tragédie cornélienne, le héros de la scène des Nouvelles Nouvelles détient le statut de favori, qui donne l’occasion à Donneau de Visé de proposer un discours politique, en forme d’art de régner.

Un favori galant

Le favori ne se contente pas de l’avantage que lui procure le soutien royal, grâce auquel la main de la princesse lui est promise, mais cherche à obtenir l’approbation de la femme aimée. En renonçant à recourir à la contrainte de la « puissance paternelle » (patria potestas), il agit selon les normes que la culture mondaine impose au comportement amoureux masculin. L’attitude « galante » implique en effet, contrairement aux réalités de la pratique sociale, d’accorder la primauté au vouloir féminin et de placer l’homme en situation de sujétion. Ce n’est que l’ « aveu » (= l’approbation) de la femme aimée qui rend une déclaration amoureuse « légitime » (p. 132) et qui en « produit l’effet » (= lui donne une valeur concrète) (p. 133). Un « coeur [féminin] est toujours libre » et « qui ne l’a point entier ne le possède pas » (p. 134).

Ces principes sont exprimés au travers de formules s’apparentant aux maximes d’amour :

« Qui veut se faire aimer doit savoir obéir, Et qui résiste trop se fait souvent haïr » (p. 141)

« Un coeur est toujours libre, et quoique le pouvoir
L’immole quelquefois à son cruel devoir
Il sait toujours sur soi réserver quelque empire.
On ne l’a point entier, à moins qu’il ne soupire,
Et d’un bonheur pareil quels que soient les appas,
Qui ne l’a point entier ne le possède pas. (p. 133-134)

Ou mettant en jeu des sujets traités par les questions d’amour :

L’attention accordée à ces questions d’éthique galante et de psychologie amoureuse constitue un des critères qui font des Nouvelles Nouvelles une oeuvre mondaine.

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