Fâcheux

Le terme est à la mode aux alentours de 1660. Une comédie de Molière portant ce titre a connu un succès remarquable. Deux satires de Scarron (Epître chagrine au Marechal d’Albret, Epître chagrine à Mr d’Elbène), parues toutes deux en 1659, avaient auparavant mis l’adjectif au goût du jour.

Sa faveur s’inscrit plus largement dans l’attention accordée à l’idée d’importunité, qui se concrétise en particulier dans les textes consacrés à l’expression de l’humeur chagrine (ainsi la Prose chagrine La Mothe le Vayer en 1661).

La dénonciation de ce travers attribué à certaines catégories d’individus (pédants, prudes et amants grondeurs, comme dans Le Misanthrope, mais également récitateurs importuns et nouvellistes) constitue un des lieux d’énonciation privilégiés du discours satirique, et favorise la formulation de celui-ci sous la forme de portraits.

L’engouement durable qui se manifeste, à partir de la fin des années 1650, pour le terme et la notion qu’il recouvre, trouve son explication majeure dans l’étroite affinité qu’il entretient avec la culture mondaine, laquelle valorise la sociabilité, l’intégration harmonieuse à une communauté définie par des normes tacites : le fâcheux est celui qui, rompant le jeu dont il est incapable de percevoir les règles, représente une des formes les plus aiguës de l’inconvenance et, à ce titre, constitue l’antithèse du galant.

De plus, la notion d’ “importunité » s’oppose celle de « divertissement », de « loisir », qui sont constitutives de la manière d’appréhender l’existence que cultive le public de Donneau de Visé : un idéal dans lequel aucun « fâcheux » ne viendrait gâcher le « grand divertissement » qu’est l’occupation des mondains.

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