Don Garcie de Navarre

Comédie de Molière créée le 4 février 1661, jouée pour une série de représentations limitée (sept représentations jusqu’au 17 février) en raison de circonstances conjoncturelles, et publiée sous forme imprimée pour la première fois dans l’édition posthume de 1682 (voir, à ce sujet, la notice de la pièce dans les Œuvres de Molière, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2010, t. II, p. 1583-1594).

En dépit des difficultés de réception qu’elle a connues, la pièce a été manifestement prisée du public mondain, comme en témoignent plusieurs visites à Chantilly et à Versailles, entre septembre et octobre 1663, ainsi que l’écho qu’on en retrouve dans Les Nouvelles Nouvelles l’année suivante : même importance accordée au personnage du favori, mêmes reprises de certains lieux communs en vogue :

Le prince jaloux

La comédie de Don Garcie de Navarre se singularise, au sein des pièces sérieuses contemporaines (tragédies, tragi-comédies, comédies héroïques), par l’adoption d’une formule innovante qui consiste à accorder la primauté, dans l’élaboration du sujet, non à un enjeu politique ou dynastique, mais à une question de psychologie amoureuse - en l’occurrence celle de la jalousie.

L’intrigue de la pièce peut ainsi être résumée dans les termes suivants :

Don Garcie, “prince jaloux”, menace de rupture à plusieurs reprises Done Elvire, dont il est le soupirant attitré, parce qu’il la soupçonne, en se fondant sur des apparences trompeuses, d’entretenir d’autres relations amoureuses. A chaque fois il est détrompé et à chaque fois il succombe à nouveau à l’emprise des soupçons.

Une conséquence de l’ « extrême amour »

L’histoire que narre la comédie de Molière correspond précisément au cas de figure suivant, évoqué au tome II des Nouvelles Nouvelles, dans la « Conversation des soupçons » :

L'extrême amour cause la crainte dont je viens de parler, et cette crainte engendre du soupçon. Un mari, par exemple, aimera passionnément sa femme, cet amour lui fera craindre qu'elle n'en aime d'autres, et cette crainte n'étant autre chose que de la jalousie et du soupçon produits par un excès d'amour, il ne s'en doit pas suivre pour cela que la personne soupçonnée soit criminelle. (t. II, p. 28-29)

De fait, Done Elvire, de même que la femme de Sganarelle dans Le Cocu imaginaire (1660), se trouve dans la situation de la femme innocente injustement soupçonnée, qui fait le sujet de la conversation et, plus précisément encore, elle peut être envisagée comme une victime de « soupçons qui sont causés par une certaine apparence de vérité » (ibid., p. 32).

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