Description de l'âme inquiétée

La « description de l’âme inquiétée », insérée au sein de la « Conversation des pointes ou pensées » (p. 109-111), compte parmi les pièces versifiées du tome II des Nouvelles Nouvelles. Elle est citée par l’un des interlocuteurs en tant qu’exemple d’expression verbale produisant un effet esthétique semblable à celui des pensées, sans toutefois posséder les caractéristiques du genre (« sans être resserrée, sans avoir rien d’extraordinaire et sans avoir rien de nouveau », p. 111).

Ces dix-huit alexandrins s’attachent à « représenter » (p. 109) ce qu’éprouve un « esprit embarrassé » (p. 111) par l’annonce d’une mauvaise nouvelle dont il ignore la nature précise. Le texte consiste donc en l’évocation d’états d’âme successifs : agitation, confusion, frayeur, « gêne ».

De même que la « scène du tyran » et contrairement à la « scène du favori » et à la « scène de Placidie », la pièce ne fait pas l’objet d’une lecture à haute voix. Le contexte d’énonciation présenté au sein de la fiction laisse entendre que le nouvelliste Ariste cite les vers en recourant à sa mémoire.

Aucune indication ne vient confirmer qu’il s’agirait d’un extrait d’une oeuvre dont l’intégralité serait offerte ailleurs ou demeurerait inédite. Toutefois le texte souligne que la description est destinée à être « ouïe » (p. 111) et qu’elle constitue un moment d’un dialogue (p. 109). On est dès lors légitimé à y reconnaître une tirade de tragédie proposée par Donneau de Visé pour servir les fins de sa démonstration.

La provenance de ce texte est inconnue. Comme pour la plupart des autres pièces insérées dans les Nouvelles Nouvelles, à l’exception des extraits de Stilicon et de La Mort de l’empereur Commode, Donneau n’indique pas d’auteur. L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’il s’agit d’un texte de son cru.

De même que pour les autres scènes de tragédie (« scène du tyran », « scène du favori », « scène de Placidie »), on ne peut bien sûr écarter l’éventualité que ces vers aient été composés pour la circonstance et que les précisions apportées au contexte de leur énonciation ne soient qu’une feinte destinée à motiver leur insertion. On observera néanmoins que la « description de l’âme inquiétée » s’accorde fort bien de la mise en relation avec la « scène du tyran ». L’énonciatrice de la première pourrait être le même personnage que la protagoniste de la seconde. Par conséquent, la possibilité que les Nouvelles Nouvelles nous offrent des fragments d’une “tragédie du tyran” que Donneau aurait renoncé à faire jouer et publier ne saurait être écartée.

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