Les Conférences académiques

Les Conférences académiques de Richesource sont une série de recueils publiés au cours des années 1660, qui offrent la transcription de discours prononcés lors de réunions hebdomadaires tenues au domicile de leur “auteur”.

Sur le modèle des Conférences du Bureau d’adresse de Renaudot, interrompues depuis 1642, Jean Oudart, sieur de Richesource organise en effet dès 1655 des joutes oratoires en son académie. Il s’agit d’une salle aménagée, qui reçoit un public mixte (hommes et femmes, et de classes diverses), et qui se situe rue de la Huchette jusqu’en 1662, puis, dès 1664, sur la Place Dauphine, soit à quelques pas du Pont-neuf, lieu très fréquenté où la circulation d’informations est importante.

Chaque semaine, plusieurs participants (bourgeois aisés, ecclésiastiques ou aristocrates) interviennent sur les sujets proposés. Richesource opère ensuite une synthèse des interventions et conclut. Les discours donnés lors de ces conférences sont publiés sous forme de fascicules hebdomadaires, qui annoncent les sujets de la semaine suivante. (Voir J. P. Collinet, "Une institution sous-estimée : les Conférences académiques de Richesource", Travaux de Littérature, 2007, p. 145-161).

Aux marges de la culture mondaine

La plupart des questions posées sont de nature concrète, à même de susciter l’intérêt d’un public non savant : “Si, envers les siens, il vaut mieux user de la douceur que de la sévérité ?” ou “Quel est le plus propre pour gagner l'estime des dames, le galant, le cavalier ou le savant ?”. Preuve de leur ancrage mondain, le quatrième tome des Conférences présente les mêmes questions d’amour que l’on trouve dans les Oeuvres galantes de Madame la comtesse de B[régy]. Les réponses, en revanche, se donnent la rigueur formelle d’une dissertation et convoquent un savoir plus docte, et l’on cite volontiers des philosophes antiques, dont les passages en latin apparaissent en langue originale. Les Conférences, qui mettent en pratique ces références savantes pour répondre à des questions de société, constituent donc un lieu de transmission du savoir vers le public mondain.

On notera, en outre, que le genre mondain de la conversation (à l’image de celles proposées dans les Nouvelles nouvelles) n’est pas si éloigné de ces pratiques d’inspiration scolaire. La conversation des soupçons, par exemple, est constituée, à l’instar des conférences académiques, de l’exposé des différents points de vue, reliés entre eux par des transitions dialogiques. Le rapprochement est d’autant plus pertinent qu’une conversation mondaine se “prépare”, comme l’illustre la réplique d’un des protagonistes d’un texte contemporain des Nouvelles nouvelles, le Panégyrique de l’Ecole des Femmes (1663), du gazetier Robinet :

“Nous n'avons point cette fois proposé le sujet de notre entretien : l'on le choisira sur le champ, afin que chacun fasse mieux voir la présence de son esprit.”
(éd. de 1883, p. 14).

Mode de publication

Du point de vue des stratégies d’édition, la publication de ces débats constitue un modèle remarquable. Si les deux premières années sont financées principalement par Fouquet (le volume I (1661) et le volume II (1662) paraissent sous le patronage du surintendant), la disgrâce de ce dernier amène Richesource à chercher d’autres appuis. La parution hebdomadaire des conférences permet alors de les dédier individuellement à des personnalités diverses. Le volume III mentionne ainsi Séguier, Lamoignon, Fuente, … En outre, la plupart des contributions sont signées. Du point de vue des intervenants, ces conférences sont donc l’occasion de publier aussi bien leur érudition que leur habileté d’auteur.

Enfin, la publication de ces conférences sous forme de recueil présente plusieurs caractéristiques remarquables. Avant d’être ainsi rassemblées, elles étaient en effet distribuées sous forme de feuilles volantes hebdomadaires, qui annonçaient les sujets à venir pour les semaines suivantes ; elles s’inscrivaient donc dans une actualité immédiate. Les recueils, eux, se monumentalisent : gravé en frontispice, l’image d’une colonnade surplombée par l’inscription “L’Académie de Platon” applique à ces livres la métaphore d’un lieu de connaissance. Une métaphore que poursuit l’avis au lecteur du premier volume, qui prend soin de détailler la scène dans laquelle ces conférences prennent place.

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