News2MAIL

Notre service News2Mail vous permet de recevoir par email toute nouvelle news publiée.
Intéressé? Envoyez un email avec votre demande à news@unifr.ch

Les bilingues se représentent deux fois le monde


[ Retour à la liste des news ]

Une équipe de chercheurs de l’Université de Fribourg, en Suisse, et de l’Université de Trondheim, en Norvège, a étudié les effets des marques grammaticales et des stéréotypes du genre sur des personnes bilingues. Dès lors, il apparaît clairement que le masculin ou le féminin n’est pas seulement une question de genre, mais également de langue utilisée. Cette étude fait écho aux recherches qui démontrent qu’une même personne peut se représenter différemment le monde selon la langue qu’elle parle.


Les personnes bilingues construisent des représentations du genre différentes selon la langue qu’ils utilisent. (Photo: Thinkstock)

Changer de monde comme on parle, on croyait que seuls les enfants pouvaient réaliser ce rêve. Mais l’étude que viennent de publier une chercheuse et un chercheur du Département de psychologie de l’Université de Fribourg, Sayaka Sato et Pascal Gygax, en association avec Ute Gabriel, de la Norwegian University of Science and Technology, à Trondheim (N), conclut que les personnes bilingues changent leur représentation du monde en changeant de langue. En d’autres termes, les bilingues construisent des représentations du genre différentes selon la langue qu’ils utilisent. Jamais auparavant une telle étude n’avait été menée dans deux langues avec des mêmes personnes bilingues. En l’occurrence, ces personnes ont été testées dans leur langue première (L1), respectivement leur langue seconde (L2) française ou anglaise.

L’étude montre que si l’on présente aux participant-e-s une phrase contenant un nom de métier, accompagnée d’une phrase explicitant si le métier est composé majoritairement d’hommes ou de femmes, les participant-e-s ont plus de peine à intégrer cette deuxième phrase, en anglais, si elle est contre-stéréotypée, et en français, si elle présente des femmes, quel que soit le stéréotype du métier. Donnons un exemple en français. «Les musiciens sont sortis de la salle.» Peut-on donner, oui ou non, à cette phrase la suite suivante: «Un des hommes portait un parapluie»? Et la suite suivante: «Une des femmes portait un parapluie»? Normalement, la réponse est «oui» dans les deux cas. Or, en français, les participant-e-s ont plus de peine à dire «oui» dans le deuxième cas. Même si l’on apprend depuis la petite école que l’indice grammatical du masculin peut être générique («les musiciens» = hommes et femmes), celui-ci induit plutôt des représentations masculines chez les locutrices et locuteurs du français. En anglais, par contre, le genre n’est pas marqué grammaticalement («musicians»), mais la langue anglaise implique des représentations basées sur les stéréotypes (exemple: le mot «nurses», en français « infirmière », implique des femmes).

Le langage influence la pensée


En outre, les résultats ont démontré que la représentation du genre varie de façon plus ou moins importante selon le niveau de langue seconde (L2) ; les participants avec un niveau élevé de L2 sont capables de se représenter le genre de façon très similaire aux personnes qui ont L2 pour langue première, tandis que les participants avec un niveau L2 moins élevé restent plus influencés par leur propre langue première.
Pour Pascal Gygax, ces résultats tendent à prouver l’hypothèse selon laquelle il existe un lien étroit entre le langage et la pensée. «On constate que le langage n’est pas quelque chose d’anodin. La manière de parler une langue dans un contexte donné a une influence sur la manière de penser. Cela fait écho à des hypothèses déjà soulevées par des anthropologues au début du XXe siècle. Je pense aussi à George Orwell, qui a formulé cette hypothèse dans son roman 1984, à peu près en ces termes: une idée ne peut pas exister si les mots nécessaires à sa formulation n’existent pas.»

Cette recherche, qui a bénéficié d’un financement de la Communauté européenne, s’inscrit dans un programme de recherche européen ITN-LCG (Marie Curie Initial Training Network - Language, Cognition, and Gender) regroupant dix équipes européennes. Elle est publiée dans le périodique international Bilingualism: Language & Cognition.

Publication: Sayaka Sato, Pascal M. Gygax, Ute Gabriel, «Gender Inferences: Grammatical Features and their Impact on the Representation of Gender in Bilinguals», Bilingualism: Language & Cognition, 2012.

Contact: Dr. Pascal M. Gygax, pascal.gygax@unifr.ch, 026 300 76 40


Infos & annexes

Publié le 31.10.2012


Source

Unicom
communication@unifr.ch
Tel. +41 26 / 300 70 34
 
abonnement RSS

^ top

 

Université de Fribourg   -  Unicom   -   Av. Europe 20   -   1700 Fribourg  -  tél +41 26 / 300 7034    -   fax +41 26 / 300 9703    -  
contact:communication@unifr.ch   -  modifé Septembre 2006 par marcom   -   Swiss University