Revues culturelles suisses

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Traits : Rayonnement


Malgré son tirage limité, «Traits» s’impose aujourd’hui aux historiens comme l’archétype de la revue de résistance intellectuelle suisse. Non sans raison. Suite à la disparition de Suisse romande, la publication vaudoise assure seule la continuité de la pensée anticonformiste entre l’avant-guerre et le début du conflit. Elle récupère toute une série de plumes qui se seraient retrouvées contraintes au mutisme sans elle. Des plumes issues pour la plupart d’un réseau à l’origine de plusieurs revues dans les années trente. Elle ne se contente cependant pas d’exploiter ce réseau, ses membres s’attellent à l’enrichir. C’est particulièrement le cas de François Lachenal qui met en relation les auteurs français avec le milieu éditorial suisse. «Traits» ouvre ainsi la voie à plusieurs revues qui, comme «Lettres» ou «Suisse contemporaine», font appel aux auteurs qu’elle a précédemment démarchés et adoptent une attitude de défiance vis-à-vis de la politique du Conseil Fédéral.
La sphère d’influence de la revue déborde le stricte cadre de ses lecteurs. Des groupes de «Traits» se forment à Genève et à Bâle et organisent des débats publics et des conférences sur la question de la gestion de l’après-guerre. Parallèlement, Descoullayes et Lachenal fondent en 1943 les Editions de la Porte d’Ivoire, branche clandestine des Editions des Trois Collines. Cela leur permet de publier les auteurs français opposés à Vichy, qui risquent des sanctions de plus en plus lourdes depuis que toute la France est occupée. Tant sur le plan intérieur - par ses lettres ouvertes - qu’extérieur, la nébuleuse de «Traits» joue donc durant la guerre un véritable rôle d’acteur intellectuel.

Edmond Rey & François Tardin





Conception et réalisation
Département d'histoire contemporaine  &   Centre NTE   -  Université de Fribourg  -  Suisse