Revues culturelles suisses

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Traits : Création


Après la défaite des armées françaises en juin 1940, l’Europe commence à s’adapter au nouvel ordre imposé par l’Allemagne nazie. Les autorités suisses aussi. Le Conseil fédéral dispose des pleins pouvoirs depuis le déclenchement des hostilités, ce qui implique la suspension provisoire et partielle des règles démocratiques et constitutionnelles, notamment en matière de liberté d’expression. En 1934, devant la montée des dictatures, le Conseil fédéral avait déjà décidé de restreindre la liberté de la presse. Dès le début de la guerre, il renforce les mesures en confiant à la Division Presse et Radio de l’armée la responsabilité du contrôle des médias, afin d’éviter que ces derniers ne choquent la susceptibilité du menaçant voisin allemand.
L’édition française est elle aussi touchée. La Suisse romande sort de son isolement pour devenir un relais et un refuge de la littérature française. Pour un temps, les rôles sont renversés. Revues et maisons d’éditions suisses tentent de maintenir la culture française et les valeurs humanistes face à la propagande et à la censure germano-vichyssoises.
Traits s’inscrit dans ce contexte. Les discussions menant à la création de cette revue au ton immédiatement incisif se déroulent à partir du mois d’août 1940. A l’origine de cette dernière, un groupe d’anciens étudiants d’Edmond Gilliard. «Traits» doit son nom à cette figure de la littérature romande de l’entre-deux-guerres, inspirateur de plusieurs revues. Gilliard définit les axes de réflexion de la nouvelle parution, entre le «trait d’archer du polémiste» et le «trait de plume de l’écrivain». François Lachenal assume le rôle de rédacteur en chef pour le premier numéro, avant de laisser sa place à Jean Descoullayes.
«Traits» est ainsi la première revue de résistance intellectuelle suisse. Elle montre la voie à d’autres initiatives similaires, telle la revue Suisse contemporaine. En ouvrant ses rubriques aux écrivains français dès 1942, elle devient en outre un relais privilégié de la résistance au nazisme et au fascisme. La revue profite en cela du poste diplomatique de François Lachenal. Ce dernier, devenu attaché à la légation suisse à Vichy, use de sa position pour importer clandestinement des textes résistants d’écrivains français.

Edmond Rey & François Tardin





Conception et réalisation
Département d'histoire contemporaine  &   Centre NTE   -  Université de Fribourg  -  Suisse