Archaeometric research on soapstones

La pierre ollaire, terme populaire regroupant différents types de roches ultrabasiques et malléables, est ancrée dans la tradition alpine par la fabrication de récipients taillés et tournés depuis l’époque romaine.

Small soapstone vesselArtefact archéologique courant ou inhabituel dans tout l’arc alpin et au-delà (Suisse, Italie, France, Allemagne, Autriche…), la pierre ollaire n’a été l’objet que de quelques études ponctuelles sur une région ou un site.
Suite à cette constatation et à la volonté de synthétiser les informations sur ce matériau original et un peu marginal, un projet Fonds National a été monté regroupant deux doctorants, une archéologue, Maëlle Lhemon, et un géologue, Mikaël Hänni.

Aspects pétrologiques et pétrographiques

Le terme "pierre ollaire" regroupe des roches métamorphiques de type majoritairement ultrabasique. D’un point de vue physique, elles présentent des caractéristiques particulières, puisque à la fois résistantes et molles, donc relativement façonnables à l’aide d’outils simples. De plus, ces roches possèdent une capacité calorifique élevée.

Les pierres ollaires sont des ultramafites contenant majoritairement du talc, de la chlorite, des amphiboles, des pyroxènes, des oxydes (pyrites et magnétites), des carbonates, de l’olivine, de la serpentine, et des micas noirs.

La formation et la mise en place de ce type de roche nécessitent des conditions particulières, ce qui permet de comprendre son abondance relativement faible (moins de 1% des roches alpines). L’origine primaire se situant dans le manteau, avec des compositions typiquement péridotitiques et des conditions de haute pression et température. Lors de différents mouvements associés à la formation de l’arc alpin, certaines de ces roches peuvent arriver en surface, par obduction notamment, et apparaître ainsi sous forme d’affleurements plus ou moins importants et diversifiés. Le changement des conditions environnantes entre le manteau et la surface (ou du moins la croûte) induit un rééquilibrage de nos systèmes, afin de réagir face aux différences de pressions et de températures, mais aussi à l’apport de gaz riches en eau (H2O) et en acide carbonique (CO2). Les péridotites (protolithes) enregistrent alors ces transformations métamorphiques, traduites dans les roches par la présence de minéraux riches en H2O et en CO2, tels que talc, carbonates, chlorites et amphiboles. Les fortes contraintes tectoniques accompagnant ce déplacement et ces réactions chimiques provoquent des géométries généralement lenticulaires et zonées, la zone de réaction entre la roche mère ultramafique riche en olivine (dérivée directement de la péridotite originelle) et l’encaissant représente ce que l’on appelle vulgairement "pierre ollaire". Les processus d’apport de gaz, de rééquilibrations pétro-chimiques et de changements géométriques se déroulent à des profondeurs de 10 à 20 km environ. L’érosion et l’obduction de certaines nappes et massifs apportant finalement ce matériel en surface.

Le but pétrographique de ce projet Fonds National est de préciser, de synthétiser et de compléter les informations déjà connues sur les différents gisements/affleurements de pierre ollaire. Mais aussi d’éclaircir les conditions et processus de formation de ces types de roches, en combinant l’approche microscopique et minéralogique avec des analyses chimiques consistantes et systématiques (MEB, EDS, XRD, XRF).
Enfin des tests physico-chimiques seront effectués pour comprendre les altérations, issues de l’utilisation humaine (chauffage, stockage, …), de ce type de matériel.

Aspects archéologiques

Soapstone coverL’exploitation de la pierre ollaire est attestée dés l’âge du Fer par la découverte de quelques petits objets. Elle se développe réellement à partir du Ier siècle après J.-C pour la réalisation de récipients façonnés à la main ou tournés. C’est le façonnage de ces récipients qui marque le début d’une production typiquement alpine (comme le cristal de roche) et nomme cet artisanat (ollaire vient du latin ollare : faire des pots). Celui-ci s’étend dans tout l’arc alpin et en arrive à concurrencer localement la céramique pendant le Bas-Empire et dans une moindre mesure pendant le haut Moyen Age. Elle bénéficie d’une diffusion assez large durant ces périodes dans les régions voisines. A partir du Moyen Age et jusqu’au XXe siècle l’utilisation de la pierre ollaire semble se limiter aux régions alpestres et à la production de fourneaux.

Une de ses principales fonctions, inhérente à ses qualités calorifiques, est la cuisson des aliments, attestée par de fréquentes traces de suie ou la présence d’un dépôt intérieur noirâtre.
D’autres usages peuvent lui être attribués, le stockage, voire l’artisanat (creuset ?).

Les strictes contraintes technologiques limitent la morphologie des récipients à un petit éventail formel et décoratif, et rendent difficile la mise en place d’une typo-chronologie, utile pour ce type de mobilier fréquent sur les sites alpins.

Le but archéologique principal de ce projet Fonds National serait la mise en place d’une typo-chronologie applicable à l’ensemble du matériel en pierre ollaire ainsi que l’étude des traces de travail, des différentes fonctions et d’une façon plus générale de la place que tient la pierre ollaire dans l’ensemble vaisselier. Pour cela il faut se tourner vers les collections retrouvées dans les zones de production, notamment la Suisse, en corrélant quantités, formes complètes et datations fiables.


PhD thesis Mikaël Haenni, Maëlle Lhemon. Project leader: Vincent Serneels.
SNF project 100012-105491 "La pierre ollaire : un artisanat alpin. Matériau, Technologie, Economie et Histoire".

Department of Geosciences,
University of Fribourg

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