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Interactions pergélisol – glaciers

Fiche 3.4.8
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• 3.5.1. Eboulis froids (et autres formations poreuses) de basse altitude • 3.5.2. Mécanismes de circulation d'air : l'effet de cheminée • 3.5.3. Les glacières (ou grottes glacées) • 3.5.4. Frigos naturels et caves à lait

 
 

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Les glaciers rocheux (indicateurs de la présence de pergélisol) sont fréquents dans les zones sèches, la ligne d'équilibre des glaciers étant plus élevée en raison des faibles quantités de précipitations (cf. fiche 3.1.6). Ainsi en Suisse, on retrouve beaucoup plus de glaciers rocheux dans les Alpes valaisannes et grisonnes que sur les versants nord et sud des Alpes.

Il n'y a en principe pas de pergélisol sous un glacier tempéré, mais il peut y en avoir sous un glacier froid. En revanche l'existence de sols gelés en permanence est possible à l'extérieur des systèmes morainiques, tout comme à l'intérieur.
Les marges proglaciaires sont des systèmes complexes, regroupant de nombreuses formes géomorphologiques (moraine de fond et d'ablation, moraines de poussée, moraines flûtées, glacier couvert, glacier rocheux,…) et dans lesquelles la répartition spatiale du pergélisol peut être très hétérogène. La combe de Challand (massif du Grand-Combin, VS) et ses systèmes morainiques des glaciers du Ritord et de l'Epée en sont une illustration parfaite (fig. 1 & 2).

Durant le Petit Âge Glaciaire (PAG) (14 ème – 19 ème siècles), de nombreux petits glaciers de cirque se sont avancés sur des zones préalablement occupées par du pergélisol. Trois modifications majeures sont consécutives à cette poussée glaciaire :

•  Réchauffement du pergélisol lors du passage d'un glacier tempéré (avec d'importantes circulations d'eau à sa base) entraînant sa dégradation partielle à totale. L'apparition et l'avancée de petits glaciers ont donc profondément modifié la configuration spatiale du pergélisol.
•  Déplacement de matériaux sédimentaires gelés sur de relativement grandes distances (moraines de poussée, glacitectonites, recouvrement et/ou déplacement de glaciers rocheux) (fig. 2 & 3). Les moraines de poussée correspondent à des sédiments gelés poussés et écrasés par l'avancée d'un glacier froid dont la base demeure soudée au sol par le gel.
•  Mouvements de rééquilibrage (rétro-fluage de moraines de poussée) qui peuvent s'en suivre. Un mouvement de rééquilibrage affecte fréquemment le flanc interne des moraines de poussée latérales situées en contre-pente (fig. 4).

Depuis la fin du PAG, les glaciers ont subi un recul très important, de nombreux petits glaciers ayant disparu depuis lors. Cependant aujourd'hui, d'importants déséquilibres thermiques (répartition spatiale du pergélisol) et mécanique (rétro-fluage) persistent encore dans les zones de recouvrement glaciaires du PAG.
Dans les zones encore favorables à son existence (ensoleillement restreint), un sol gelé en permanence, perturbé lors du PAG, pourrait se réinstaller petit à petit dans les couches proches de la surface (abaissement de la température au-dessous de 0°C durant l'hiver, ne dépassant pas 0°C durant l'été) : on parle de néo-pergélisol. Inversement, les sédiments gelés déplacés dans une zone d'existence défavorable (ensoleillement plus important) peuvent dégeler assez rapidement, indépendamment d'une quelconque modification du climat. Un tel cas de figure a été observé dans la zone terminale du « glacier rocheux » de Lona (Val d'Anniviers, VS) (fig. 5).

 

Fig. 1 - Quelques aspects géomorphologiques de la marge proglaciaire coalescente des glaciers du Ritord et de l'Epée (VS) (adapté de Delaloye et al., 2003).
 

Fig. 2 - Sous son manteau morainique, le glacier de l'Epée (VS) occupe encore presque complètement la surface qui était la sienne au PAG. On distingue les rides de la moraine de poussée, plus ou moins parallèles à la direction de l'écoulement du glacier de l'Epée (indiquée par la flèche).
 

Fig. 3 - Photographie prise depuis le sommet des Becs-de-Bosson (Vallon de Réchy, VS) en direction du nord-ouest avec une fine couche de neige surlignant magnifiquement la morphologie du glacier rocheux. Suite à l'avancée glaciaire du PAG, du pergélisol est absent dans la zone des racines morphologiques du glacier rocheux, malgré des conditions topo-climatiques favorables (altitude d'environ 2800 m , orientation nord-ouest). En revanche, les moraines de poussée et la partie médiane et frontale du glacier rocheux sont gelées. La moraine de poussée (P1) est particulièrement mise en évidence et se poursuit loin en aval jusqu'au lobe L1 ( 2700 m ). Cette photo permet ainsi de se représenter l'étendue du glacier qui occupait la partie supérieure du glacier rocheux des Becs-de-Bosson lors du PAG (Perruchoud 2007).
 

Fig. 4 - Rétro-fluage d'une moraine de poussée dans la marge proglaciaire du glacier d'Aget (Val de Bagnes, VS).
 

Fig. 5 - Complexe glacier – glacier rocheux de Lona/Sasseneire (Val d'Anniviers, VS). Durant le PAG, le glacier aurait expulsé la partie terminale du glacier rocheux plusieurs centaines ( ?) de mètres à l'aval, dans des lieux moins souvent situés dans l'ombre du Sasseneire (3254 m). Le lac contribue aussi probablement au réchauffement du terrain. Actuellement, du pergélisol ne semble présent que dans la moraine de poussée et la partie frontale du glacier rocheux.

 

 
High Mountain and Periglacial Systems

Société Suisse de Géomorphologie (SSGm) - Fiches pour l'enseignant - Chapitre 3 : Environnements périglaciaires
Last update : 31 août 2009 - Questions ou remarques sur le site ?