Conseil psychologique
aux étudiant-e-s
 


Infopsy - La dépression



Questions sur la dépression

1. Pourriez-vous me définir la dépression ?

La dépression est une pathologie psychique fréquente et invalidante qui fait partie des troubles de l'humeur. Selon le DSM IV-R (Amican psychiatric association, 2003) les critères diagnostics sont les suivants :

 

Critères spécifiques

  • Humeur dépressive
  • Pertes d'intérêt ou de plaisir pour les activités
  • Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inapproprié Idées suicidaires récurrentes

Critères non spécifiques

  • Troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie)
  • Agitation ou ralentissement psychomoteur
  • Troubles de l'appétit (augmenté ou diminué avec perte ou gain de poids)
  • Difficulté de concentration
  • Fatigue ou perte d'énergie

 

  • Pour affirmer le diagnostic de dépression, la présence d'au moins 5 critères est nécessaire dont au moins 2 dans les critères spécifiques.
  • Les symptômes ne répondent pas aux critères d'épisode mixte.
  • Les symptômes induisent une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants.
  • Les symptômes ne sont pas imputables aux effets physiologiques directs d'une substance (p. ex. une substance donnant lieu à abus, un médicament) ou d'une affection médicale générale (p. ex. hypothyroïdie).
  • Les symptômes ne sont pas mieux expliqués par un deuil, c'est-à-dire après la mort d'un être cher, les symptômes persistent pendant plus de deux mois ou s'accompagnent d'une altération marquée du fonctionnement, de préoccupations morbides de dévalorisation, d'idées suicidaires, de symptômes psychotiques ou d'un ralentissement psychomoteur.

Pour le clinicien, l'aspect le plus important est la souffrance induite par la maladie qui fait que l'on parle essentiellement de dépression majeure avec perturbation des schémas cognitifs de base sur soi, le monde et le temps (passé douloureux, présent insupportable et futur bouché).

 

2. Quels sont les différents types de dépression et pourriez-vous me donner une brève description de chacun de ces types ?

Il existe différents types de dépression En fait chaque dépression est différente. On parle de dépression chronique lorsqu'elle dure plus de deux ans.

On a l'habitude de typologiser les différents types de dépression comme suit :

La dépression clinique (ou trouble dépressif majeur) qui est la dépression la plus grave en matière de quantité et de gravité des symptômes. Des changements surviennent généralement dans l'intérêt et le plaisir que la personne porte à de nombreuses activités, dans les niveaux d'intensité de son énergie, dans ses habitudes alimentaires et dans son rythme de sommeil. Souvent on trouve des idées suicidaires.

La dysthymie (ou dépression mineure) qui s'applique à un niveau de dépression faible à modéré qui persiste pendant deux années au moins. Bien que l'apparition des symptômes ne soit pas aussi fréquente que dans le cas de la dépression majeure, la dysthymie peut être aussi invalidante que la dépression majeure.

La dépression bipolaire (ou psychose maniaco-dépressive )qui  comprend à la fois les hauts et les bas, des sautes d'humeur, ainsi qu'une variété d'autres symptômes significatifs qui n'apparaissent pas dans le cas d'autres dépressions.

Les autres types de dépression qui comprennent les troubles affectifs saisonniers et la dépression post-partum. Les TAS surviennent régulièrement à la même époque chaque année. La dépression post-partum débute quelques semaines après avoir donné naissance et est un sous-type de dépression. Elle diffère de l'état passager connu sous le nom de « baby blues Â» (syndrome du troisième jour) qui survient généralement 24 à 72 heures après l'accouchement. Dans certains cas, la dépression est associée à d'autres maladies chroniques qui ont des effets négatifs sur la qualité de vie et le bien-être de la personne.

Une autre classification distingue la dépression endogène correspondant à la mélancolie et qui serait de nature particulièrement chronique avec un arrière-fond psychotique de la dépression exogène dont on peut trouver la cause dans des facteurs multiples tels que le stress, la maladie ou un traumatisme, et qui serait plutôt de nature névrotique.

 

3. Peut-on constater une recrudescence de la maladie ces dernières années ? Pourquoi ?

Les enquêtes ne parlent souvent que d'une augmentation des auto déclarations spontanées par les patients, qui sont d'une valeur très limitée au niveau épidémiologique, même si elles témoignent que subjectivement, il y aurait plus de déprimés. Concrètement, il aurait simplement plus d'annonce, pas plus de cas.

On a certes constaté que les études les plus récentes trouvent des taux de prévalence (aussi bien en prévalence instantanée qu'en prévalence sur la vie entière) plus élevés que les études plus anciennes. Il faut tenir compte des différences de méthodologie mais même avec des méthodes identiques, et en comparant des classes d'âge identiques, le même phénomène est observé). Un élément semble constant : on observe moins de dépressions chez les personnes âgées que chez les personnes d'âge mûr et chez les jeunes, mais il peut y avoir des phénomènes d'oubli des épisodes passés. Actuellement la plupart des études montrent une prévalence d'environ 10% chez les hommes et de 20% chez les femmes.

La question reste donc ouverte car on manque d'informations et on ne peut conclure que la dépression est en augmentation et que nous entrons dans une période de mélancolie comme on a pu le lire. Cependant, si on accepte ce postulat, la perspective anthropologique sociale pourrait retenir les mutations des styles de vie et des valeurs au centre de l'explication : l'augmentation du stress et la diminution des soutiens sociaux sont souvent mis en avant avec des termes tels que compétitivité, performance et risque. Par ailleurs la précarité aurait également un effet sur l'augmentation des troubles de l'humeur. Si l'on s'intéresse plus aux individus l'augmentation de la vulnérabilité pourrait être due à des croyances induisant des exigences très élevées (devoir réussir professionnellement, socialement, dans la vie de couple et en même temps de se développer personnellement harmonieusement) qui colorent l'existence par une suite constante de défis avec son corollaire de risque d'échec. Ainsi c'est la haute probabilité d'échec qui augmenterait l'anxiété et diminuerait l'estime de soi avec une augmentation du risque dépressif. Chez les jeunes, l'augmentation de la dépression serait due au style de vie avec l'abus de psychotropes ainsi qu'à des capacités de coping insuffisantes pour gérer le stress (par exemple celui de l'orientation ou des perturbations intrafamiliales).

 

4. Des facteurs sociaux, culturels ou éthiques ont-ils une influence sur le nombre de dépressifs dans un pays ? Pourquoi ?

C'est une question à laquelle les sociologues et les éthnopsychiatres tentent de répondre depuis longtemps. Il faut être prudent avec les comparaisons pour 2 raisons : le comparatisme comporte une erreur méthodologique fondamentale en oubliant le sens culturel (par exemple l'étude de la sorcellerie dans la région subsaharienne comprend une partie importante des troubles psychiques qui sont traités en occident par la médecine allopathique) et les flux migratoires empêchent d'avoir des échantillons comparables. Néanmoins on sait que l'influence n'est pas nulle et que l'exil est un facteur de vulnérabilité pour les maladies psychiques dont la dépression. Par ailleurs les sociétés à fort potentiel de changement de classe sociale (comme les Etats-Unis) comportent un facteur de risque pour les personnes qui voient leur statut diminuer ou qui se sentent impuissantes.

 

5. Quelles sont les causes pouvant amener à la dépression ?

La dépression est provoquée par des déséquilibres au niveau des substances chimiques qui participent à l'envoi de messages dans le cerveau. Ces substances chimiques du cerveau contribuent aussi à réguler nos émotions, notre comportement et nos pensées. Ainsi, j'ai coutume de dire à mes patients que la dépression ne provient pas  forcément d'une faiblesse personnelle ou d'une inaptitude à s'en sortir.

La dépression a une forte composante héréditaire (antécédents familiaux). Bien que l'on hérite d'une tendance à la dépression, il existe de nombreux facteurs de déclenchement de cette affection comme :

  • des changements difficiles ou traumatisants dans la vie de la personne (tels que la perte d'un être cher)
  • un stress répétitif ou massif (traumatisme).
  • des maladies telles que la maladie de Parkinson, Alzheimer, une attaque, des douleurs chroniques, certains types de cancer et des insuffisances rénales.
  • l'utilisation de certains médicaments parmi lesquels les corticostéroïdes, les stéroïdes anabolisants, les narcotiques, les benzodiazépines et les drogues illicites telles que les amphétamines ainsi que l'alcool.
  • la progestérone (présente dans certaines pilules prescrites aux femmes)
  • On a également pu constater que la dépression pouvait être consécutive à une impuissance apprise, à savoir une incapacité à pouvoir contrôler ou anticiper les conséquences des actes (personnes maltraitées par exemple).

 

6. La dépression peut-elle toucher n'importe qui ?

Comme je l'ai dit plus tôt, nous ne sommes pas tous égaux devant le risque de par nos vulnérabilités et nos ressources. Cependant, si certaines personnes ont un moins bon pronostic, elles peuvent prévenir le risque en augmentant leur capacité à faire face, par exemple en ayant une bonne hygiène de vie. À l'inverse, des personnes ayant un bon pronostic peuvent avoir à affronter des événements de vie (catastrophe, traumatismes, maladies…) qui peuvent conduire à la maladie. Pour résumer, si certaines personnes sont plus à risque, personne ne peut prétendre au risque zéro et donc la dépression peut, a priori, toucher n'importe qui.

 

7. Quels impacts la maladie peut-elle avoir sur les enfants du malade ?

S'il n'y pas une réponse globale à cette question, ma pratique m'a montré que l'effet sur les enfants de la personne malade dépend de leur développement et de leurs ressources. Néanmoins, je n'ai jamais rencontré de personne qui ne soit pas touchée. Le risque principal est, à mon avis, une sorte de co-dépendance à la maladie. L'enfant, dans ce cas, va orienter la majeur partie de ses activités autour de la maladie (prendre le rôle de parent, suppléer aux défaillances ménagères et sociales, surprotéger la personne dépressive, être attentive au moindre changement de l'humeur avec la crainte du risque suicidaire). Ainsi. Il aura une redistribution des rôles dans le système familial qui va avoir pour conséquence que l'enfant va voir apparaître des symptômes de stress comparables à la dépression. Dans d'autre cas, moins extrêmes, il aura une difficulté relationnelle et un agacement grandissant de l'enfant face à ce qu'il considère comme de la non-volonté. Cet état émotionnel aura comme effet une mise à l'écart des affects et une sorte de froideur émotionnelle ainsi que des symptômes de rupture d'attachement. Cet état de fait va également conduire la personne malade à croire que son environnement ne perçoit pas les efforts qu'elle fait et donc une démotivation à continuer dans cette voie, confortant le problème de l'impuissance. Dans ce que j'ai pu constater, chacun croit que l'autre est hostile et une ambiance de colère s'installe. Pour l'enfant, cela aura pour conséquence une généralisation sur d'autres circonstances de vie et le plus souvent une humeur maussade ou colérique courante. Cependant, si la personne malade et son entourage sont renseignés et soutenus, les effets sont bien moindres et la dépression est acceptée comme d'autres maladies chroniques avec un impact émotionnel moyen et différencié.

 

8. Quels impacts la maladie peut-elle avoir sur les parents du malade ?

La différence n'est pas notable, si ce n'est qu'on trouve encore plus de sentiment de culpabilité si la personne est encore à charge des parents. Ceux-ci risquent donc plus de réduire leur souffrance en rentrant dans le cycle de la co-dépendance.

 

9. Quels impacts la maladie peut-elle avoir sur le conjoint du malade ?

La, également les risques sont les mêmes. J'y ajouterais que la gestion des conflits est encore plus perturbée et que le risque de divorce augmente.

 

10. Quand on tente d'aider une personne dépressive, peut-on en devenir soi-même dépressif ? Si oui, quels pièges faut-il éviter ?

Ce n'est pas la relation d'aide qui est en cause, mais bien la proximité à la maladie. En effet plus les attentes d'efficacité seront élevées et les espoirs démesurés plus on aura de risque d ‘échec avec comme conséquence un découragement (impuissance) qui fragilisera la personne aidante. S'y rajoute les phénomènes de loyauté qui induiront un double lien (partir-rester) insupportable. Pour ne pas tomber dans le piège, je conseillerais de veiller à sa propre vie, de verbaliser les efforts consentis et de relever ceux qu'on perçoit chez les autres ainsi que se faire coacher soi-même par un spécialiste ou une personne expérimentée.

 

11. Est-il possible que l'entourage du dépressif puisse avoir une influence négative dans le processus de guérison de la maladie en tentant de l'aider ?

Selon une perspective systémique oui. En effet, de par la répartition des rôles et l'impossibilité de communiquer un schéma rigide peut s'imposer et interdire à chacun de bouger et ainsi à la personne malade de sortir de son rôle. En fait, dans ce cas, plus les membres de l'entourage tenteront d'aider, plus la personne se verra conforter dans son rôle de malade. Au niveau de la communication, c'est ce que j'ai dit avant sur le découragement face à la non-reconnaissance des efforts fournis qui auront un rôle de chronificateur.

 

12. Quels comportements devons-nous adopter face à une personne dépressive ?

Il n'y a pas de solution magique. Se poser en modèle de bien portant en relevant ce qui est positif, verbaliser ses émotions, savoir prendre du temps pour soi et responsabiliser le malade sont les pistes les plus intéressantes. Une chose importante est de ne pas laisser s'installer la maladie comme le centre de la relation car elle n'en est qu'un élément. Pour cela, encourager un traitement est une bonne pratique.

 

13. Quels comportements devons-nous éviter face à une personne dépressive ?

En plaisantant, je dirais que le cou-de-pied aux fesses est la pire des tactiques. Grosso modo l'empathie sans la compassion est une bonne chose. Il conviendrait également ne pas se laisser entraîner dans les chantages affectifs et les menaces de suicide en orientant systématiquement cette problématique vers les professionnels.

 

14. Quel est le taux de guérison des dépressifs ?

Tout dépend de ce qui est entrepris et de la gravité de la maladie. La dépression majeure est souvent chronique et récidivante (20% plus de 2 ans), 50% de rechute à 2 ans et 85% sur toute la vie avec une moyenne de cinq à six épisodes par patient. Cependant, si une guérison complète est plus probable en cas de dysthymie, on a de très bons résultats avec une conjonction de thérapie cognitivo-comportementale et de pharmacothérapie. Cette prise en charge professionnelle permet largement de pouvoir surmonter les épisodes les plus aigus tout en ayant de grosses périodes de latence de la maladie.



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