Centre suisse d'études sur le Québec et la Francophonie

Relations politiques

Les premières missions diplomatiques suisses au Canada sont créées à la fin du XIXe siècle à Montréal, à Toronto et à Vancouver. En 1945, la légation de Suisse, devenue une ambassade en 1957, est ouverte à Ottawa. En-dehors de l'Organisation internationale de la Francophonie, les deux pays cultivent des relations grâce à plusieurs traités internationaux pour la culture: ils font partie du même groupe régional à l'Unesco; en 1987, les deux gouvernements ratifient un accord sur les relations cinématographiques et audiovisuelles.

Au cours du XXe siècle, plusieurs domaines politiques ont amené la Suisse et le Canada à des approches comparatives. Le fédéralisme, et les politiques publiques que ce système implique, ainsi que les questions identitaires représentent des points de comparaison fertiles.

Les politiques fédéralistes: comparaisons à multiples variables

En ce qui concerne la cohabitation des cultures, le système fédéraliste n'est pas figé; il s'adapte, se pense, se conçoit. Il est donc intéressant de voir en parallèle comment les deux Etats, suisse et canadien, font évoluer cette structure politico-culturelle. Quelles sont les proximités et les différences, entre la Suisse et le Canada, à propos du respect des minorités au sein d'un Etat pluriculturel? Quels modèles ont circulé de part et d'autre de l'Atlantique dans le construction de sociétés multilingues. Le regard doit être porté tant sur les cultures qui constituent ces pays que sur l'accueil des cultures qui viennent de l'extérieur. Les angles d'approches sont donc nombreux.

En Suisse, le fédéralisme a par exemple été souvent un frein pour développer une action culturelle plus ambitieuse à l'étranger. L'équilibre culturel et linguistique est en effet souvent invoqué, durant la deuxième moitié du XXe siècle, pour ne pas entreprendre une action plus large dans une aire culturele plutôt qu'une autre. Au contraire, le Québec, selon la doctrine Gérin-Lajoie développée en 1965, peut mener dans de nombreux champs de compétences une politique culturelle et éducative ambitieuse à l'étranger. 

Dans les années 1960, les fédéralismes suisse et canadien montrent certaines limites ou, du moins, sont obligés à se réinventer au contact de revendications identitaires.

Les questions identitaires: le Jura et le Québec en miroir

La "Révolution tranquille" et la "Question jurassienne" sont constituées d'une série d'événements qu'on peut mettre en parallèle, même si d'importantes différences les séparent. 

Apparues au lendemain de la guerre, les revendications territoriales québécoises et jurassiennes naissent principalement d'un sentiment d'injustice pour la culture minoritaire et d'une volonté d'indépendance politique. Ces revendications sont portées surtout par des groupements clairement identifiés (Rassemblement jurassien; Parti québécois) confrontés à des adversaires politiques également organisés (Union des Patriotes jurassiens; Libéraux et Fédéralistes canadiens). 

Mais des différences existent: alors que les séparatistes jurassiens, pour la plupart, désirent former un nouveau canton à l'intérieur de la Confédération suisse, les séparatistes québécois revendiquent une "souveraineté-association" vis-à-vis de l'Etat fédéral canadien. La question territoriale est davantage discutée dans le cas jurassien (les frontières religieuses, historiques et linguistiques ne coïncident pas) qu'au Québec. Durant les années quatre-vingt, ces questions identitaires rapprochent ces deux Francophonies périphériques; l'accord de coopération de 1983 entre le Gouvernement du Québec et le Gouvernement de la République et Canton du Jura en témoigne.

Mais dans une perspective d'histoire culturelle, les modes de sociabilisations de ces mouvements, travaillées par les revendications plus générales de la jeunesse des années 1960, restent un champ d'étude très stimulant. 

©Archives Radio-Canada: Réflexions sur l'autodétermination
des minorités francophones, 1978 

Indications bibliographiques:

  • Emile Henry Bovay, Le Canada et les Suisses 1604-1974, Fribourg, Editions universitaires, 1976
  • Louis M. Imbeau (dir.), Politiques publiques comparées dans les Etats fédérés: l'Allemagne, l'Australie, le Canada, les Etats-Unis et la Suisse, Les Presses de l'Université Laval, 2005
  • Urs Altermatt; Christina Späti, Die zweisprachige Universität Freiburg, Presses universitaires de Fribourg, Reihe: Religion - Politik - Gesellschaft in der Schweiz, Band 51, 2009
  • Robert Laliberté (dir.), A la rencontre d'un Québec qui bouge. Introduction générale au Québec, Ed. du Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 2009
  • Claude Hauser et Yvan Lamonde, Regards croisés entre le Jura, la Suisse romande et le Québec, Presses de l'Université de Laval/Office du patrimoine et de la culture de la République et Canton du Jura, Québec/Porrentruy, 2002
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