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«Les
Noces» de Stravinski
Igor Stravinski (1882-1971),
personnalité clé de la
musique du XXe siècle.
Premières oeuvres marquantes,
l'Oiseau de feu en 1910 et
Petrouchka en 1911. Et surtout
Le Sacre du printemps en 1913, dont
les dissonances et les rythmes mouvants
provoquent un tel tollé à la
première que les danseurs des
Ballets russes peinent à entendre
l'orchestre.
Au temps de la
Première guerre, Stravinski
s'établit en Suisse, à
Clarens. Années fécondes en
oeuvres de moindre ampleur, mais non de
moindre intérêt.
L'idée de sa cantate-ballet Les
Noces naît lors d'un passage
à Londres en 1914. Le Russe en
esquisse la musique au cours de l'hiver
suivant, à Château-d'Oex. Au
printemps 1915, Stravinski s'installe
à Morges pour cinq ans. De
là il pédale à
bicyclette jusqu'à Lausanne
où vivent Serge Diaghilev et un
groupe replié de ses Ballets
russes. Le compositeur y rencontre aussi
le chef de l'Orchestre de la Suisse
Romande Ernest Ansermet et
l'écrivain C.F. Ramuz. Il
achève la musique des Noces en
1917. En 1918, avec Ramuz et Ansermet,
Stravinski crée L'Histoire du
soldat. Mais il n'achève
l'instrumentation des Noces qu'en
1923, pour leur création par les
Ballets russes à Paris où
Stravinski s'est installé en
1920.
Neuf ans de gestation ont
ainsi précédé la
naissance des Noces. A l'origine,
Stravinski imaginait un orchestre de cent
cinquante musiciens ! L'oeuvre est
finalement écrite pour quatre
pianos, percussions, voix et choeur.
Gestation, évolution et
synthèse: après Le Sacre
du printemps, Stravinski ouvre une
voie résolument nouvelle avec
Les Noces. Si leur trame tient au
fonds populaire musical et rythmique
russe, si leur corps se
réfère aux moments rituels
russes du mariage, la tenue de l'ensemble
se démarque de tout exotisme
folklorique.
«Ce n'est pas d'une
"noce villageoise" qu'il s'agit, d'un
marié, d'une mariée, d'une
mère, mais d'un rituel qui se
saisit de quelques personnages-signes, les
conduit, les broie dans son mouvement
inexorable. L'action (...) se
déroule selon trois directions
principales : le
thrène, qui est chant
funèbre, ici l'enterrement de la
virginité, symbolisée au
premier tableau par la Tresse (le rituel
russe du mariage est, à vrai dire,
rituel funèbre) ;
l'invocation aux
divinités propices et la
canalisation, par le rite et son train de
symboles, de la force fécondatrice
mâle ; enfin le
rire de la
collectivité, tour à tour
exorcisant les forces obscures du sexe,
purifiant les protagonistes, amadouant la
Divinité, s'adonnant dans le
même temps au "voyeurisme" complice
fait de clins d'oeil, de commentaires
salaces, d'exclamations, attisant la
passion. Ces éléments sont
largement assurés par le choeur,
choeur "antique" si l'on veut par son
hiératisme comme par son rôle
propre, alternativement spectateur et
acteur.» (André
Boucourechliev, «Igor
Stravinsky», Fayard 1982).
Boucourechliev note que la
musique détermine le sens :
elle n'est pas une
«illustration» du texte. Comme
dans la création populaire, le
texte est «choisi» par la
musique pour «le re-créer dans
un nouvel être musical total».
Travaillant avec Stravinski, Ramuz a
signé la version française.
La double difficulté a
été pour le poète de
respecter en français à la
fois le sens du texte russe et sa prosodie
intimement liée à la musique
qui l'utilise dans le sens du plain-chant
et de la vocalise. C'est dans cette
version française de Ramuz que le
Choeur de Chambre de l'Université
de Fribourg chante Les Noces.
Michel.Gremaud
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