Le Nom
caché
Oratorio
Texte
et musique de Laurent
Mettraux
Rilke a
écrit :
« Si l'on
chante un dieu,
Ce dieu rend son silence.
Nul de nous ne s'avance
Que vers un dieu silencieux.
»
Cette
divinité silencieuse, dont on ne
connaît ni la forme, ni le
véritable nom, a constitué
un mystère pour les croyants de
toutes les civilisations qui ont
peuplé ou peuplent encore notre
planète. « Nul ne
connaît son visage » - «
Ton nom, qui peut le dire ? » -
« Nous ignorons qui tu es »,
sont des phrases qu'on retrouve aussi bien
dans les prières animistes
africaines que dans les hymnes hindous,
dans la poésie soufie que dans la
mystique rhénane, la Grèce
antique ou la société
contemporaine.
En reprenant
quelques-uns des plus beaux textes
(hymniques, poétiques,
prosaïques ou métaphoriques)
qui s'articulent autour du thème du
Dieu caché, j'ai voulu
évoquer ce mystère et les
différentes attitudes humaines
à cet égard, entre la
crainte et la confiance, l'angoisse et
l'apaisement, la foi et le doute. Pour
cela j'ai retravaillé,
résumé ou soudé des
textes de plusieurs cultures et
d'époques différentes, en y
ajoutant au besoin gloses et transitions
afin d'assurer la logique du livret. J'ai
évidemment été
attentif à ne pas trahir la
pensée des auteurs auxquels je me
suis référé. Ainsi le
livret se base sur les principaux textes
suivants : des hymnes du mythique roi
hindou Pushpadanta, du philosophe
néoplatonicien Proclus et de
Grégoire de Nazianze ; des
fragments issus de prières incas,
d'un poème de l'écrivain
grec Synesios, élu
évêque malgré lui, ou
du marathe Toukaram, mystique et
illettré, de Guillaume de
Saint-Thierry, compagnon de Saint Bernard
de Clairvaux, ou d'Amenemonet, scribe et
archiviste de la période des
Ramessides ; des aphorismes issus du
« Cherubinischer Wandersmann »
(« Le pèlerin
chérubinique ») d'Angelus
Silesius ; des poèmes du persan
Hallaj, de l'andalou Ibn ul-'Arabî
et de l'allemand Rilke ; enfin le livret
s'achève sur un extrait du
célèbre « Tao Te King
» communément attribué
à Lao Tseu.
L'uvre,
d'une durée d'environ 45 minutes,
est écrite pour 4 solistes vocaux
(soprano, alto, ténor et basse),
chur, violoncelle solo,
percussion
(6 instrumentistes jouant d'une vingtaine
d'instruments)
et 2 pianos.
L'instrumentation,
d'un côté
ascétiquement réduite pour
mieux coller à
l'intériorisation du sujet, peut se
diffracter, grâce à la
palette presque infinie de couleurs
sonores de la percussion, et construire un
monde musical fait autant de fines
subtilités que
d'éléments plus dynamiques,
en suggérant ou reflétant
les différents états
d'âme du livret. Les deux pianos ne
se contentent pas de doubler les parties
chorales ou d'accompagner les solistes,
afin d'assurer une stabilité
d'intonation qui pourrait être
menacée par les percussions
à hauteur
indéterminée, mais, par le
jeu entre autre des tessitures,
complètera la palette des couleurs,
en apportant également ombre et
luminosité. Le violoncelle enfin,
soliste au même titre que les soli
vocaux, forme un lien entre l'ensemble
instrumental et les parties
vocales.
Laurent
Mettraux
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2002
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