Le sommet de
Beethoven
«L'uvre
la plus grande que j'ai composée
jusqu'ici», écrit Ludwig van
Beethoven à propos de sa Missa
Solemnis. Le maître allemand a
travaillé au cours de quatre ans
à cet ouvrage qui fut
créé à
Saint-Pétersbourg en 1824 (la
même année que la
Neuvième Symphonie). Dans toute
l'Europe, le triomphe de la Missa Solemnis
laissa de marbre un Beethoven
assombri par la surdité. Ses
contemporains furent abasourdis par une
ampleur et une richesse musicale
inouïes.
Car la
Missa Solemnis est véritablement un
sommet. Titanesque ! Beethoven y
investit toute sa puissance
créatrice. Tout en lui
conférant l'ampleur et
l'élan dynamique de la messe
symphonique viennoise, il puise aux
sources profondes de la tradition et dans
l'imagerie musicale de son siècle
qu'il restitue à sa manière.
Il illustre musicalement chaque
idée du texte, souvent chaque mot.
Dans le drame, il fait surgir
l'émotion.
La
surdité même, si
pénible à vivre, semble
avoir attisé un génie
porté à son paroxysme.
Isolé par son handicap, Beethoven
traduit ses sonorités
intérieures avec une maîtrise
étourdissante.
L'uvre est jouée avec les
instruments baroques, tels qu'ils furent
usités jusque vers 1840 (au
diapason à 430, plus bas
qu'aujourd'hui). L'absence de vibrato peut
surprendre. Mais les instruments anciens
produisent des sonorités plus
douces et favorisent, dans la formation
ici constituée, l'équilibre
chur &endash; orchestre.
Michel Gremaud
La critique de la "Luzerner Zeitung"
du 30 janvier 2007
Eglise des Jésuites de
Lucerne
Grand déploiement pour
la «Missa
solemnis»
«Du
cur, aller vers le cur»,
écrivait Beethoven: c'était
son vu pour sa «Missa
solemnis». Un vu partiellement
réalisé: elle est
admirée aujourd'hui en tant
qu'indiscutable chef-d'uvre,
davantage qu'aimée. L'uvre
pose les plus hautes exigences aux
interprètes et à l'auditoire
mais demeure énigmatique et semble
hors d'atteinte.
A
l'église des Jésuites de
Lucerne, Aloïs Koch a
présenté l'uvre avec
le Mozart-Ensemble de Lucerne et le
Chur de chambre de
l'Université de Fribourg, les
solistes Judith Graf, Irène
Friedli, Rolf Romei et René Koch,
ainsi que l'orchestre Collegium Musicum de
Lucerne.
Epique et dramatique
Avec ce
grand déploiement, Aloïs Koch
a réalisé une
interprétation qui, au niveau
orchestral, constituait une version
historique tendue vers l'idéal
symphonique de l'époque. La
«Missa solemnis» est
portée par un souffle épique
et dramatique qui n'exclut pas la
délicatesse et la rondeur. Le
chur, les solistes et l'orchestre se
sont montrés tout à fait
à la hauteur des exigences de la
partition. Le chur a suscité
l'enthousiasme par une tonicité
structurée, dynamique et
nuancée, ainsi que par la souplesse
et la tension d'un final puissant dans le
Gloria. Les solistes ont formé un
quatuor homogène au timbre clair,
comme la «Missa solemnis» le
requiert, contrastant avec le chur.
Le public a répondu à la
prière de paix de l'Agnus Dei par
de longues ovations.
A.S. - trad.V.J.
Le concert de Fribourg a
également soulevé
l'enthousiasme du public. Pour preuve:
Une lettre de lecteur dans le Forum
de "La Liberté" du 12
février 2007:
Une recréation
d'envergure
On peut
dire beaucoup de choses d'un concert,
entrer dans les détails techniques,
discuter des options prises, utiliser de
beaux mots comme «moiré»,
«indicible» ou
«chatoyant» pour qualifier
solistes, choeur et orchestre. Je laisse
tout cela aux spécialistes qu'on
appelle «critiques» dont je lis
toujours avec plaisir les recensions.
Mais ce qui compte avant tout pour moi,
c'est le bonheur que j'ai à
l'écoute et à la vue (la
part des yeux n'est pas
négligeable) d'un concert. Donc,
samedi 3 février, à
l'église Saint-Michel, la
recréation de la «Missa
Solemnis» de Beethoven fut un moment
de béatitude, d'admiration et
d'émotion.
Une oeuvre de cette envergure,
montée avec un rare savoir-faire
dans un esprit véritablement
artistique, aurait mérité
quelques lignes dans «La
Liberté». Les Fribourgeois ont
le droit de savoir qu'il y a parmi eux de
grands artistes et qu'au moins cent
cinquante femmes et hommes (je n'ai pas
compté) ont donné beaucoup
de temps et d'énergie pour
permettre à cette géniale
«Missa Solemnis» d'exister. Les
lecteurs doivent être
informés que la gratuité de
l'effort, le bénévolat
artistique et la créativité
sont encore à l'honneur chez
nous.
Et puisque mon journal
préféré n'a pas
daigné le faire, que les choeurs
fribourgeois et lucernois, l'orchestre,
les solistes et leur magnifique directeur
Pascal Mayer trouvent ici l'expression de
ma vive reconnaissance.
Pierre Martignoni,
Bulle
|