FESTIVAL DE PÂQUES DE LUCERNE
Une foule silencieuse muée en populace rageuse
Profession de foi sous le signe de la persécution des Juifs : grâce à Michael Tippett, Alois Koch a conduit le Festival de Pâques dans le 20è siècle.
Le 12 mars 1938, le Reich allemand annexait l’Autriche. Les persécutions des Juifs qui suivirent furent un prélude à ce qui se déroula en novembre 1938 dans toute l’Allemagne : la «Nuit de Cristal». A ces pogroms systématiques Michael Tippett répondit en composant l’oratorio «A Child of our Time» (1941). Cette œuvre a été interprétée le 12 mars 2008 dans le cadre du Festival de Lucerne, exactement 70 ans après l’annexion de l’Autriche.
Le concert donné dans l’église des Jésuites était la contribution de la «Musikhochschule Luzern» au Festival de Pâques. Alois Koch a réuni le Chœur académique de Lucerne, la Luzerner Kantorei et le Chœur de chambre de l’Université de Fribourg, accompagnés par la «Junge Philharmonie Zentralschweiz». Les solistes Barbara Locher, Liliane Zürcher, Musa Nkuna et Michel Brodard ont complété ce grand ensemble qui impressionnait déjà optiquement devant l’autel monumental de l’église des Jésuites.
Dans «A Child of Our time», Tippet se révèle grand connaisseur de la tradition, soit dans la conception générale, soit dans les détails de l’oratorio. La musique maintient constamment la tonalité. Mais cinq negro spirituals s’adaptent sans discontinuité à l’ensemble, remplaçant les traditionnels chorals des Passions et offrant un contraste mélodique dans la structure dense de la partition.
Une œuvre aux extrêmes
Alois Koch a dirigé l’œuvre de 75 minutes sans pause, parvenant à maintenir l’unité dans une tension impressionnante. Le public en fut ravi et enthousiasmé. Le chœur a conjugué une large sonorité avec la souplesse rythmique, créant des contrastes dynamiques.
Au cours du prélude orchestral, le chœur entra piano. Dans «A star rises in Mid-Winter», il offrit un rayonnement éblouissant. Puis avec «Away with them !» il exprima la rage de la populace. Les spirituals conservèrent leur puissance originelle malgré leur traitement élaboré.
La basse soliste convainquit en narrateur saisissant. Le ténor – l’enfant de notre temps – ensorcela l’auditoire par son expressivité. L’alto se distingua par une sonorité subtile et sensible. La soprano Barbara Locher brilla jusque dans la plus haute tessiture. Le jeu de la «Junge Philharmonie Zentralschweiz» fut magistral et irréprochable, témoignant de la haute qualité de la formation instrumentale de la «Musikhochschule Luzern».
(André Stocker, «Luzerner Zeitung» – trad. Wolfgang Steiert)
|